Le lecteur attentif aurait tort de ne voir dans le titre de ce billet qu’une facétie apriline.

En mai 1996, deux mois avant la publication de la circulaire sur l’éducation à l’orientation (31 juillet 1996), dans le chapître Une insertion professionnelle pour chacun (pp. 107-171) de l’ouvrage Pour l’école (Calmann-Lévy), Roger Fauroux, fils de proviseur, capitaine d’industrie, conseiller du ministre François Bayrou, lance une proposition de bon sens, de totale évidence et d’absolue nécessité :

Tripler l’effectif des conseillers d’orientation par Roger Fauroux (1996)

« Le moment est venu de donner un sens à l’accumulation des textes qui proclament depuis un quart de siècle que l’orientation doit être centrée sur la relation de l’élève au savoir et à ses projets, qu’elle est une éducation au choix, un apprentissage de l’autonomie, une alternative à des formes dures de sélection.

Il est donc impérieusement nécessaire de donner à ces principes les moyens d’être appliqués partout : d’abord par la création, programmée sur une durée aussi courte que possible (en dix ans) de postes de conseillers d’orientation psychologues ou de conseillers d’orientation professionnelle permettant, à terme, d’en tripler l’effectif. Cette mesure s’impose pour que chaque établissement dispose d’un conseiller d’orientation qui, lui étant exclusivement affecté, aura la possibilité physique de participer à tous les conseils de classe, au moins à certaines étapes du cursus scolaire ». (Page 123)

Autres préconisations de Fauroux : redéfinir le rôle des professeurs principaux, spécialiser et professionnaliser le professeur principal ; inclure dans l’emploi du temps des élèves des heures libres d’emploi, consacrées au dialogue avec eux et à la présentation des formations et des métiers.

Dix-huit ans après la proposition Fauroux Pour l’école (1996), sur le triplement du nombre de conseillers d’orientation-psychologues, rien n’a bougé. Plus préoccupant : on remplace les titulaires par des contractuel-le-s et la question de l’avenir des missions et de la carte des CIO n’est pas réglée.

D’après le ministère de l’éducation nationale (RERS 2013), au 1er janvier 2013 :

11.385 établissements scolaires du second degré (public : 7882 / privé : 3503) ; 3.866 postes de conseillers d’orientation-psychologues et directeurs de CIO, dont 3618 titulaires (âge moyen : 46,8 dont 82,9% de femmes) et 248 COP intérimaires (âge moyen : 35,1 et 91,1% de femmes).

Alors qu’il contribue sensiblement au financement de l’enseignement privé sous contrat avec l’État, le contribuable serait en droit de s’interroger sur l’absence de présence des conseillères et conseillers d'orientation-psychologues, faute de moyens, dans lesdits établissements. Les parents d’élèves de l’enseignement privé font appel aux ressources et services du CIO sur le site des CIO, On_progresse__on_s__oriente.jpg mais cela suffit-il vu les enjeux ? Rappelons en outre que, depuis la création des SUIO (devenus SUIO-IP depuis la loi relative aux libertés et responsabilités des universités n°2007-1199 du 10 août 2007), des conseillers d’orientation-psychologues apportent leur contribution aux universités (1 à 3 mi-temps par université) et, parfois, aux lycées agricoles publics.