Et ça ne marche pas, car les taux de récidive s'accroissent. Et si l'on essayait autre chose ? Accréditée par le ministère de la justice (Protection judiciaire de la jeunesse) et l'aide sociale à l'enfance, l'association Seuil propose à des mineurs en grande difficulté des marches accompagnées de 2000 kilomètres en trois mois, en toutes saisons, dans un pays européen dont ils ne connaissent pas la langue.

Le périple est encadré par deux rituels : une fête de départ, une fête d'arrivée. Et un soin particulier est mis sur la suite du parcours de vie professionnel, scolaire, après la marche, pendant les mois et années qui suivent. Et, dans sept ou huit cas sur dix, ça marche !

Batoul, 14 ans et demi (marche de 1800 km du sud de l'Espagne à la Normandie, citée dans l'ouvrage Marcher pour s'en sortir, page 163) :

Ce que j'en retire ? C'est une belle tranche de vie et j'en suis fière. Et je repense souvent à la marche. Ma plus grande joie ? L'entrée sur la plazza major à Salamanque. On m'en avait parlé, mais c'était encore plus beau que ce qu'on m'avait dit. Et puis l'arrivée en Normandie, quand tous les adhérents du Seuil m'ont applaudie. Depuis mon retour, on m'a proposé un stage dans la restauration, mais ça ne m'a pas plus. Je suis retournée à l'école un moment et maintenant, je fais une formation en coiffure. C'est super !

Comme l'expliquent Bernard Ollivier, l'anthropologue David Le Breton et le pédopsychiatre Daniel Marcelli, la marche constitue pour ces adolescents une thérapie individualisée qui, dans l'effort et au-delà de l'effort, les conduit à une réflexion profonde sur leur propre parcours et à une réinstauration de l'estime de soi et des autres.

Marcher pour reprendre pied dans son existence. David Le Breton (page 56) : La réussite de la marche implique (...) la volonté du jeune de croire en lui. Tous les jeunes du Seuil ne vont pas au bout du parcours. Parfois, rarement, certains préfèrent s'arrêter. Mais pour les autres, une immense majorité, le parcours procure les conditions leur permettant de se retourner sur leur histoire, pour peu à peu se défaire de leurs vulnérabilités et les transformer en force intérieure.