Métier perdu, métier retrouvé : (4) Petit paysan
Par Jacques Vauloup le mardi 5 juin 2018, 06:04 - Cinépassion - Lien permanent
Dans Petit paysan (Hubert Charuel, 2017, 90'), Pierre, la trentaine, est éleveur de vaches laitières. Une vie organisée autour de sa ferme et de ses animaux. Levé à l’aube, trimant toute la journée, réveillé en pleine nuit pour l’accouchement d’un veau, le jeune éleveur consacre sa vie à son troupeau. Les seules visites qu’il accepte sont celles de sa sœur, vétérinaire.
Une épizootie se déclare, Pierre découvre qu’une bête est infectée. Il ne peut se résoudre à perdre ses vaches. Il ira jusqu’au bout pour les sauver. Un long métrage étonnant de vérité et de profondeur humaines et existentielles. De désespoir et de souffrance aussi.
Robotisation de la traite, difficultés économiques persistantes, dégâts du principe de précaution sanitaire, et surtout solitude du petit paysan, rien n'est caché. Swann Arlaud (Pierre) est impressionnant, Sara Giraudeau (Pascale, la sœur vétérinaire) remarquable. A la fin, le spectateur est laissé sur une interrogation abyssale : que faire désormais ?
Pierre : Il y a une vache malade et ils veulent brûler tout le troupeau... Et si je le dis, il se passe quoi, là ? Moi, je sais rien faire d'autre... Je n'ai jamais rien fait d'autre...
Sait-on tout l'amour qui unit le petit paysan à ses animaux et à leur bien-être ? Voit-on bien que, comme l'ont montré, chacun à leur manière, Raymond Depardon ou Rémi Mauger après Henri Mendras, le paysan avait disparu ?
Et comment retrouver, réinventer ce métier perdu ? Dans la course au gigantisme et aux étables-usines ou dans l'invention d'une autre forme ?