Une année solaire
Par Jacques Vauloup le jeudi 7 juin 2018, 05:04 - Cinépassion - Lien permanent
Anders, jeune Danois, devait reprendre la ferme de ses parents. En choisissant, pour un premier poste d'instituteur, un tout petit village du Groenland d'à peine 100 habitants, il plonge dans l'aventure et l'inconnu, face à 15 enfants-lions bien décidés à en remontrer au jeune instit' béotien.
Une année polaire (S. Collardey, 94 mn, 2018), raconte cette année d'abord solitaire qui deviendra, au fil du temps, solaire. Entre documentaire et fiction, on entre dans la vie d’Asser, qui fait l’école buissonnière pour apprendre à pêcher le saumon ou à chasser le phoque avec son grand-père.
Transmission d’une culture traditionnelle menacée par la modernité et le changement climatique. Expédition de plusieurs jours en traîneau à la chasse à l'ours blanc. Comme l'a exprimé si justement Samra Bonvoisin dans sa présentation critique parue dans le Café pédagogique du 30 mai 2018, le réalisateur filme l’installation du maître d’école, de son intrusion comme un corps étranger à son intégration à la communauté dans une fraternité consolidée. L’apprentissage du novice solitaire, confronté à de rudes conditions d’existence, à des us et coutumes très éloignés de ses anticipations, sonne comme une suite de révélations, criantes de vérité. Des acteurs non-professionnels, vivant la même expérience que les protagonistes de la fiction, jouent une partition inventée, proche de leur réalité au point de créer l’impression de la vie même. Et ce beau film émouvant nous questionne sur les fondements de l’intégration à une communauté, le devenir des populations ‘minoritaires’ menacées par le modèle dominant de développement. A mi-chemin entre le documentaire réaliste et la fable poétique, Une année polaire met alors en situation toutes les composantes de l’acte pédagogique
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Et encore : Accueilli bruyamment par adultes et enfants rassemblés pour l’occasion. Installation dans la baraque de fonction au chauffage rudimentaire, premier cours face à onze écoliers chahuteurs et récalcitrants, sentiment de solitude… Rien ne se passe comme imaginé pour l’enseignant débutant en milieu hostile. Pour aller de l’incompréhension à l’ouverture et au désir de comprendre en passant par la tentation du renoncement, l’étranger doit remettre en cause idées reçues et préjugés, loin du terrain d’aventure exotique et d’exercice pédagogique initialement fantasmés
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Car les Inuits habitant le hameau résistent à l'apprentissage du danois, langue officielle, langue de l'occupant, qu'Anders est censé leur inculquer, de gré ou de force. En observant les travaux des nuits et des jours, la chasse et la pêche pour se nourrir, la vie quotidienne des familles, Anders fait l’expérience de la rudesse d’une existence à la merci du grand froid et rencontre des êtres humains remplis d'humanité. Reconnaissance, respect mutuel, fraternité enfin qui semblait si impossible au début.
Et cette question lancinante : l'enseignant doit-il favoriser le départ des élèves instruits vers la ville pour y trouver un travail et laisser ainsi se perdre pratiques et savoir-faire anciens qui assurent la survie de ceux qui restent, et qui se savent communauté menacée ?■