Les trois membres de la famille semblent heureux. Quand, au début de l'été, David ­rejoint sa soeur et Amanda, sa nièce, au bois de Vincennes où on a programmé un pique-nique, la tragédie est là : des terroristes ont fait un carnage, sa sœur en est une des victimes et sa fille orpheline (Isaure Multrier), sept ans, reste seule. Qui s'en occupera jusqu'à sa majorité ?

C'aurait pu être un film sur la mélancolie d'un deuil impossible, c'est un mélodrame assumé sur le chagrin et la reconstruction. C'aurait pu être un mélo sirupeux et pleurnichard, c'est, sur fond d'hommage aux victimes des attentats de Paris, un merveilleux exercice d'apprivoisement entre deux êtres frappés par un incommensurable chagrin. La scène d’annonce de la mort de Sandrine à sa fille Amanda, 7 ans, sur le banc d’un square, est d'une authenticité et d'une simplicité bouleversantes.

Progressivement, non sans hésitations de la part de l'adulte et de l'enfant, l'apprivoisement, subtilement filmé, opère et l'évidence advient que l'oncle assumera la paternité accidentelle et que sa nièce le choisira, lui ; il faut dire que, curieusement, le père de l'enfant est aux abonnés absents ainsi que ses grands-parents. David ne se dérobera pas, épaulé par une tante réconfortante (Marianne Basler).

On apprécie le mouvement de la vie et l'air libre magnifiés par le rythme du vélo, omniprésent dans le film. On aime la reprise de la vie quotidienne par la succession de sensations ordinaires liées aux scènes banales de la vie quotidienne. On apprécie un peu moins la symbolique un peu grossière de la remontada du tennisman sur le central de Wimbledon. Mais au final, on est touché. Qu'est-ce que signifie apprivoiser, demande le petit Prince au renard ? C'est une chose trop oubliée, répond le renard, cela signifie créer des liens.