Peut-on rabaisser le message de Rogers au triptyque empathie-acceptation inconditionnelle d'autrui-congruence ?

Pas si simple, nous dit Alexandre. En France, nous n'avons écouté qu'une petite partie du message du psychologue : la non-directivité, la psychothérapie. Et minimisé ses apports vis-à-vis des groupes, des familles, des institutions, de la culture, du racisme, de la guerre.

Larges extraits ci-dessous. Texte complet en annexe.

L’extrême urgence de l’irréductible personne

Je pars du point de vue qu’en France, nous n’avons écouté qu’une petite partie de l'apport de Rogers. Nous avons majoré le choc de la non directivité, et la psychothérapie. Mais je trouve négligé le sens de tous les déplacements de Rogers, surtout depuis les années de Californie. De la même manière, qu’au début, Rogers s’est occupé de « psychothérapie » alors qu’on disait « qu’il était absolument impossible à un psychologue de s’occuper de psychothérapie parce que c’était le domaine du psychiatre », de la même manière, Rogers s’est préoccupé de plus en plus d’autres aspects de l’existence humaine : groupes, familles, institutions, culture, racisme, guerre.

Un homme qui a été assez libre toute sa vie pour ne pas imposer un dogme, une orthodoxie ne peut pas être remercié avec une mentalité de suiveur ou avec une bagarre de petites chapelles. Le choc de Rogers, c’est sa présence aux problèmes du moment, de sa société, de sa culture américaine du nord. Je ne lui demande pas d’avoir bien lu Kierkegaard ou Sartre, mais je ne lui demande pas davantage d’être Ricœur ou Reich. Rogers a été un pionnier. On ne peut pas lui demander de tout résoudre.

Je retiens de Rogers non pas un langage, mais une pratique et un esprit. Rogers est un expérientiel et non pas d’abord un intellectuel. En France, il y a souvent eu maldonne sur l’apport de Rogers. Bien sûr, une grande difficulté demeure : un grand nombre de ses œuvres importantes ne sont pas traduites. (...) La grande commodité a été de réduire Rogers à un idéalisme de pacotille, « à l’eau de rose », un peu naïf, enfin ce genre américain qui ne connaît pas le péché judéochrétien, ni les conflits, ni les contradictions de type marxiste et qui ne parle même pas de l’inconscient.

On a confondu angélisme, idéalisme sentimental avec valorisation fondamentale de l’être humain. A l’actualisation de Rogers, je rattache le « Principe espérance » (Bloch) et « Le Principe Responsabilité » (Jonas). (...) La question éthique de Rogers n’est pas dépassée, elle n’a même pas été traitée sérieusement. « Les gens croient, indique Rogers à Gaussens, que c’est juste quelque chose de gentil, d’inoffensif, une tentative de faire le bien ou quelque chose comme cela. Mais non. C’est vraiment révolutionnaire ».

Peut-être, après tout, s’agit-il de renversement de valeurs ? Si l’on jugeait de tout à partir de la souffrance humaine, à partir de ce qu’il y a de plus fragile et de plus menacé en nous, et non pas à partir de la force, du profit maximum, etc., peut-être aurait-on une autre vision de la tragédie de la personne humaine.

Pour tenter d’approcher la personne humaine, nous avons à développer une conscience historique de sa situation, comprendre notre époque comme matrice au présent de toute personne. Tout ce qui semblait faire de l’homme une personne se sent aujourd’hui très menacé. Nous savons augmenter le catalogue des plaintes contre les malheurs, contre toutes les formes de haines, de violences, d’injustices. Mais nous savons déjà moins repérer les « violences du calme » : consommation artificielle à outrance, uniformisation du monde dans des ensembles de plus en plus vastes, écrasement des cultures minoritaires, fragmentation des existences spécialisées, laminage des différences par des pouvoirs anonymes, etc. (...)

La parole est confisquée, colonisée, analysée, moulinée par/pour le savoir de l’autre. Il y a toujours quelque part quelqu’un qui sait à ma place. Mais on ne peut pas d’un côté célébrer le respect des personnes et la liberté d’expression, et de l’autre tout confier aux experts. Tout ceci ne correspond pas à la construction du savoir sur elle-même par la personne elle-même. La connaissance n’est pas une consommation sans effet, un montage de pièces détachées, bricolées par chacun selon l’humeur ou l’influence du moment.

Mais on a peut-être trop accentué la personne sous la forme de « connaissance de soi » en négligeant le « souci de soi » qui est pratique de soi que nous avait légué notre philosophie antique tout autant que l’appel socratique. (...) Mais si la personne n’existe que lorsqu’elle est gravement atteinte, cela est-il suffisant pour la faire reconnaître tous les jours ?

Le sens de la personne, c’est qu’elle est toujours en danger d’inexistence. Elle est en devenir, en reconquête sur sa perte ou sa caricature, unité vivante au-delà des personnages, des statuts, des rôles. Mais alors faut-il attendre l’accident, la cruauté, la froidure pour s’apercevoir que dans chaque situation humaine, il y a une personne ? Ce n’est pas faiblesse humanitaire, naïveté sentimentale, mais c’est simplement reconnaître le fondement de tout : la situation d’être humain, différente d’être une pierre, un objet... Alors tout peut commencer, et sans doute l’humanisation : diminuer l’inhumain de chaque être humain.

La centration sur la personne et la personne comme centration

(...) Contrairement à l’idéalisme rose étiqueté à Rogers, on pourrait le voir comme le rare défenseur de la radicalité existentielle de la personne face à toute violence. Les droits de l’homme se complètent par les devoirs de vivre en personne. Ma thèse est que seule cette centration continue change tout l’ensemble de nos rapports sociaux humains. Cette centration dérange : mieux vaut avoir à faire à un client, un usager assujetti, un consommateur, un administré, un malade, un objet partiel, ou à un matricule. Ce découpage accentue les effets de la division du travail.

Le danger n’est pas de tomber dans l’angélisme, mais de céder au nihilisme. Alors, loin de penser qu’on insiste trop sur la personne, je pense qu’on ne la définit pas assez, mais cette définition n’est pas le discours, c’est la pratique de vie. Exacerber la valeur absolue intemporelle de la personne sans référence à ses ancrages d’existence quotidienne serait parole creuse. La personne n’est pas une fiction métaphysique, une illusion idéologique, un sermon édifiant. Ce qui importe d’une personne, c’est son existence concrète. Il n’y a pas de personne sans cette tension à exister en personne. Perpétuelle mise en question, perpétuel accomplissement, perpétuel dépassement.

(...) Mais alors qu’est-ce que cette personne selon Rogers ? Je me souviens d’une conversation avec lui à Palo Alto. Souvenons-nous des 19 propositions de « Client Centered Therapy » (1951), de la note sur « The Nature of Man » (1957), de « Toward a more human science of the person » (1985), etc. La centration sur la personne n’existe qu’à positionner la personne en son centre. L’expérience du centre, c’est l’expérience du sens de l’exister de la personne. Le pouvoir du sens est réapproprié. Or la faiblesse courante de la personne, c’est sa réduction à des aspects partiels ou éphémères. L’individu laminé, cassé, éclaté, humilié ne sait plus ce que signifie devenir une personne unifiée, harmonisée. (...) L’écoute des silences concerne aussi l’invention de la personne.

La construction permanente de la personne

Le malaise et le malheur actuels ne peuvent pas se traiter seulement par diagnostics, constats ou verdicts. Face à la souffrance massive ordinaire, la modélisation psychothérapique ne suffit pas. Tout ne relève pas seulement de la misère psychique. Même si l’approche psychothérapique peut et doit repenser ses pratiques et son sens, on ne peut pas l’étendre à tous les champs de la pratique sociale où ne domine pas seulement une misère psychique. Nous avons à innover pour mettre en œuvre les principes rogériens dans une époque complètement différente.

Le développement dit "personnel" ne fait pas davantage recette, confondu avec un amusement égocentrique, écrasé par les pressions d’efficacité et les soucis du chômage. Mais chaque fois qu’un problème réel d’existence a été bien cadré, il s’en est suivi des pratiques adéquates : je pense à l’accompagnement des mourants, au sida... Chaque fois, il y a partenariat réel de spécialistes, de volontaires et de personnes souffrantes. Il s’agit bien de fonder une approche éthico-politique que j’appelle volontiers un dialogisme socio-existentiel, de penser que personne n’a raison tout seul, que le dialogue travaillé est la base de toute avancée, mais en reconnaissant l’aspect constitutif du social historique, dans la réalité existentielle de chacun, et non pas dans l’expression intellocrate de quelques-uns, ni dans le dogme d’une seule méthode.

J’ai entendu cela dans le dernier Rogers. Quelle est sa dernière œuvre, sinon travailler pour un « Institut de la Paix» ? Que sont ses derniers actes sinon sa présence pour les combats politiques d'Irlande, d’Afrique du Sud, de Hongrie, de Russie ? En France, nous ne savons presque rien de tout cela. Nous avons à inventer ce qui favorise le développement des personnes dans chaque situation historique réelle. Rogers nous a montré que la thérapie n’était pas la seule pratique fondatrice du sens humain d’exister. Mais frileusement, nous sommes restés avec ce seul modèle dominant de travail individuel, hautement valorisé par rapport à d’autres tâches sans doute plus nécessaires pour une société de masse. On ne peut pas, pour que la personne puisse se construire, s’intéresser seulement aux relations entre individus.

Par exemple, la démocratie est une tentative pour intégrer l’organisation sociale à l’individu avec la responsabilisation d’une raison critique et créative : discussion, délibération, décision. Il y a aussi une éthique de la Terre à développer : l’environnement humain comme une possibilité (ou non) de l’évolution humaine. Une approche éthico-politique doit relier fondamentalement l’agir, le sens et la personne. Les rapports entre vérité, pouvoir et éthique constituent la réalité humaine d’une époque donnée. C’est reconnaître qu’il y a toujours un problème éthique de la définition des pratiques de vie, de travail, de loisir, etc. Ou encore que l’éthique, c’est la manière de se conduire. Face à un cynisme aveugle, oser être une personne n’est pas une évidence de notre société, surtout si nous sommes écrasés, humiliés, cassés. Mais quel que soit le passé, la situation actuelle, le mouvement de personnalisation est effort de s’approprier son existence, son sens. Le risque de la personne, c’est qu’elle n’est jamais fixée, qu’à chaque instant, elle peut se dégrader, se parodier, se masquer, se durcir.

Devenir une personne n’est pas une obligation. C’est une affaire de choix pour chacun. (...) La personne n’est pas donnée par décret ou par rêverie, elle est toujours à construire. Avec la personne, nous sommes toujours au commencement, des débutants, pour ne pas être sourds à l’altérité, à la différence, à l’unique. La personne commence là où je suis, comme je suis. Si l’on met en priorité pratique de soi et non pas connaissance de soi, nous avons à concevoir la personne autrement. Le souci de la personne n’est pas une simple préparation à la vie. C’est une forme de vie en personne. La présence en personne relie connaissance de soi et souci de soi, le souci de soi et celui des autres. Le mode de vie par les actes fait de la forme de l’existence la visibilité de la vérité personnelle. Il nous manque une approche plurielle d’une personne pluridimensionnelle, avec l’imaginaire, l’émotion autant que l’intellect.

(...) La reconnaissance par l’argent ne définit pas à elle seule la valeur d’une pratique. Le dialogisme socio-existentiel indiqué ici vise une approche fondée par une interpellation éthique, un travail du sens des situations, une mise en œuvre et un suivi des pratiques ordinaires. Et socio-existentiel indique bien le double souci du vécu immédiat et des différents niveaux de sens d’une réalité historique, collective et personnelle. Le temps est dimension constitutive majeure. La rythmanalyse est médiation principale entre tous les différents temps de construction d’une personne. Et tout ceci dans quatre cadres différents :

1 - Luttes dialogiques collectives pour créer des espaces de liberté, des territoires existentiels

Ceci vise, par exemple, toutes les situations d’existence quotidienne : vie de quartier, vie associative, institutionnelle - travail, santé, école, culture, citoyenneté, consommation, aménagement du territoire et de l’espace de vie, des loisirs. Et ce, à tous les niveaux d’interaction, autant dans les questions de "pouvoirsavoir", de prise de décision, d’élaboration de projets, de circulation d’informations. Nous avons à travailler le passage d’une vie écrasée, réifiée, uniformisée, mutilée, à une vie possible moins inhumaine, accéder à un autre niveau de conscience, mais aussi passer du régime de pression d’opinion à celui des conduites réelles et pratiques. Ces passages ne se feront ni par décrets, ni par de grands organismes spécialisés. A nous de construire les conditions nécessaires à un tel passage, en gardant attention sur le concret le plus élémentaire autant que sur la visée globale, là où nous sommes.

(...) Le travail dialogique est à approfondir dans le travail des représentations et des actions dans l’intercompréhension, dans l’interaction, dans l’interculturel. (...) Ceci vise donc l’existence de groupes de dialogue (ou de paroles, peu importe le nom), d’ateliers, de réseaux informels ou formels, d’expérimentations sociales. (...) Mais tout cela exige que la discussion dialogique soit approfondie dans ses méthodes. Il s’agit bien de fonder méthodologiquement une approche rogérienne qui tienne compte à la fois du social-historique, des rapports sociaux, des institutions de l’environnement et de la subjectivité de la personne.

C’est dans cette interaction personne-environnement que les constituants du développement sont travaillés. Mais le travail du sens est à entendre dans toutes ses dimensions pour aboutir à une compréhension qui serait une appropriation personnelle du sens vécu. En valorisant surtout la psychothérapie, nous avons privilégié un mode de construction de la personne. A nous d’inventer, là où nous sommes, d’autres pratiques mais qui traitent à chaque fois le pouvoir de l’expert, les rapports de temps et d’argent, autant que les questions de méthode, mais aussi que les dispositifs créés ne soient pas trop lourds ou trop bureaucratiques.

La question du conseil est un exemple des rapports difficiles de naissance de pratiques. Il serait intéressant de se demander pourquoi des pratiques ordinaires de conseil ont eu (et ont) tant de mal à se développer : conseil d’orientation, conseil conjugal... Le conseil serait-il moins noble ? Que signifie garder le terme américain « counseling » plutôt que vouloir le traduire, par exemple, par tenir conseil, sens qui implique bien le travail des deux partenaires du conseil ? La pratique de conseil n’a pas pu se situer clairement dans le contexte français, comme si l’apport « psy » ne pouvait se développer que dans le diagnostic-examen (très peu souvent volontaire, choisi, vécu comme imposé, « technologie des aveux ») ou dans la psychothérapie (difficultés d’exister). C’est-à-dire que le « tenir conseil » n’est pas situé par rapport à l’action, aux interrogations « normales » de l’existence. (...)

2 - Travail des pratiques ordinaires

Il s’agit de revivifier le sens des pratiques, et pas seulement des pratiques professionnelles : pratique de soi, pratique de loisir, de culture, du corps (...). Toute pratique est le lieu où le questionnement doit sans cesse revenir. Mais le travail des pratiques est plus célébré que mis en œuvre. Il est souvent devenu une « analyse ». Il ne s’agit pas de disséquer, expliquer les pratiques au nom de systèmes ou de grilles théoriques ou techniques a priori. Il s’agit de dégager le sens de l’agir. Toute pratique a besoin de son langage original et cohérent et non pas de discours abstraits plaqués sur du concret. Toute pratique produit du savoir. La pratique entend ce que la théorie ne dit pas.

A nous d’apprendre à écouter, même les silences.

(...) Mais ce travail des pratiques ordinaires ne serait pas complet sans une poétique de l’existence - une poétique de l’extrême ordinaire - de tous les arts de l’existence : éducation, relation de voisinage, réseaux de vie, cuisine... L’art de vivre n’est pas considéré comme un superflu mais une nécessité de se préoccuper davantage du quotidien.

3 - Nécessité urgente de reconsidérer, dans les sciences humaines, le sens et le rapport de la recherche, de la pratique et de la formation

On ne peut plus se contenter, comme modèle de recherche, d’un positivisme dominant il y a 50 ans, au moment des premiers travaux de Rogers. (...) Il s’agit donc d’instituer un grand débat sur le sens et les méthodes de recherche après, par exemple, Popper, Kuhn et Feyarabend. On ne peut pas évoquer la recherche sans parler de sa transparence ou de sa non transparence. Une recherche fondamentale est-elle encore libre, possible ? Qui paie quoi ? Pourquoi ? Il faut parler en clair des coûts de la recherche, des moyens accordés ou refusés, des subventions allouées ou non, dans quelles conditions…

4 - Autoformation permanente

Mais tout ceci ne serait pas complet sans une exigence continue de pratique de soi, et non pas seulement de connaissance. Pour accéder à ce mode d’être de la personne, il s’agit de créer sa propre démarche. S’occuper de soi n’est pas du tout une forme d’égoïsme. Rogers nous dit : « Plus le développement personnel des individus est grand, plus leurs liens avec les autres personnes se renforcent ». Tant que nous ne contribuons pas à la construction d’une démarche personnelle, nous vivotons dans l’à peu près de l’individualisme.

(...) C’est toute la question d’une autoformation permanente dans les luttes dialogiques, dans le travail des pratiques, dans l’unification de la personne, par une démarche d’action sans cesse reprise. Une démarche est un fil rouge qui nous guide à travers la complexité d’une situation, dans l’urgence des décisions-actions. Cette démarche se précise par trois axes : une visée de valeurs et une vision globale ; une écoute des processus en cours ; un rythme d’opérations de méthodes cohérent avec la visée et les processus.

L’autoformation n’est pas le dernier gadget à la mode, c’est le fondement de toute pratique. C’est tenir compte de la complexité plurielle d’une personne (émotionnel, imaginaire, cognitif) et des praxis différentes (construction de savoir, de savoir-faire, de savoirattitude).

Face aux logiques d’exploitation, d’oppression, de domination, d’exclusion, il ne s’agit pas seulement d’aider, d’accompagner, mais de chercher à fonder autrement, à renouveler le sens de l’agir. Nous avons à inventer des méthodes et des pratiques fortes à tous niveaux de sens des conduites. Mais nous avons aussi à entendre la production de nos acte et leur signification sociale, politique, économique, culturelle, pour arriver à être des personnes au sens le plus complet. La crise de la personne n’est pas une crise passagère. Non seulement chaque génération refait l’histoire, mais la course au pouvoir, au profit, à la domination en tous genres, n’est pas encore proche de sa fin.

Et Alexandre Lhotellier de conclure ainsi avec tant de brio et une profondeur stoicïenne si propice aux temps troublés (souligné par moi) :

Mais si crise signifie aussi discernement, décision, un temps de crise exige donc l’éveil. C’est la façon dont chacun réalise la personne en soi qui décide de tout le reste. La personne ne surgit pas toute faite. Elle est à faire et à refaire. C’est sur cette réalisation que se fonde le vrai travail capable de modifier les circonstances. On ne peut pas être critique sans être créatif. La présence en personne signe les actes. Écouter Rogers, c’est considérer la personne comme l’être vers la vie (...). C’est une voie étroite. La personne est toujours un événement unique, lié à l’avènement de sa présence. Le combat pour la personne n’est pas un mirage, une illusion, une utopie : il est notre combat quotidien. Comme il est dit, ce n’est pas la mort qui est tragique, c’est d’empêcher l’autre de vivre tous les jours, ou le réduire en objet partiel. Mais un pays où le souci de la personne n’existerait plus serait un pays mûr pour toutes les aventures de mort.

Lire l'article complet d'Alexandre Lhotellier :

Lhotellier A. Pour saluer Rogers, Carriérologie, UQAM, vol. 9, n°3, 2004