Ma classe de sixième
Par Jacques Vauloup le vendredi 13 décembre 2019, 11:02 - Se former − Apprendre - Lien permanent
Consacrée à l'enseignement de la narration, la 4è partie de Ma classe de sixième, de Marcel Jouhandeau (1888-1979), ouvrage paru en 1966 chez Gallimard, développe, exemples à l'appui, une intéressante méthode d'enseignement, certes appliquée au début du 20è siècle au collège privé de Passy, mais illustrant à l'envi ce que préconisèrent ensuite Jean Zay, Antoine Léon, Célestin Freinet, et d'autres encore.
Des thématiques implicantes
Faites votre portrait physique et moral... Portrait de votre meilleur camarade... Votre plus beau souvenir d'enfance... L'objet que je préfère dans la maison de mes parents... Mon paysage préféré... Celui de vos rêves qui vous a laissé le plus beau souvenir... Rêves de toutes les couleurs des élèves de sixième bleue... Enquête sur les chats... L'épicerie... Description d'une boucherie... Et... choix d'une profession... Il suffit de transposer un siècle après pour ouvrir aujourd'hui, dès la sixième, le champ des possibles d'une écriture impliquée et subjective.
Choix d'une profession (pages 133-134)
Narrations d'élèves. Je voudrais être parachutiste pour tomber de plus haut, mais d'abord être ingénieur pour inventer un parachute qui ne risquerait pas de rester fermé à mon appel et rendrait le courage inutile... Je voudrais être chirurgien pour étudier le corps humain. Je trouve si drôle de pouvoir ouvrir le ventre de gens et remettre avec aisance leurs organes en ordre comme dans une armoire... Mon rêve serait d'être aumônier dans une léproserie, mais mon oncle me dit de refréner d'abord mes passions, pour être digne de ce métier... La mer m'attire, semée d'embûches et parfois généreuse... J'aimerais retourner à Sofia, pour y fabriquer un parfum avec mon père... Si je ne réussis dans rien, je pourrai toujours être professeur...
On pourra trouver désuètes certaines thématiques, on doutera aussi que les suggestions pédagogiques fournies par un écrivain antisémite qui n'aura connu de l'enseignement que l'expérience d'un collège privé de Passy puissent être de quelque intérêt et de quelque possibilité de transposition que ce soit dans un collège de Bobigny. Toutefois, ce qui n'est assurément pas up-to-date, suranné, obsolète, c'est l'art et la manière d'enseigner la narration et la subjectivation à des élèves-enfants de 11-12 ans. Nul besoin pour cela d'appareillage technique spécifique ; un stylo et un papier suffisent. Et l'imaginaire s'envole. Hier comme aujourd'hui.
Ce billet a été modifié le 15 décembre 2019 puis le 30 décembre 2019
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