− Tu l'as appelé comment ? (Bruno)

− Jimmy, comme on avait dit… (Sonia)

− Tu veux le prendre ?

− Ouais… (Bruno redonne le bébé au plus vite à sa mère)

− Mets ta main sur mon ventre... (Il s'exécute, mais relâche promptement)

Dans les non-lieux des friches industrielles d'une ville autrefois bastion de l'aristocratie ouvrière et désormais abandonnée à son destin après les restructurations de la sidérurgie mondiale, Jean-Pierre et Luc Dardenne filment les laissés-pour-compte de la mondialisation, les laissés en jachère, les survivants du désordre industriel mondial, les exclus, tels des zombies survivant au jour le jour par la débrouille. Bruno vole avec des gamins de 11-12 ans et va même jusqu'à vendre son fils Jérémy pour une histoire d'argent, avant qu'il ne se ravise… Comment se fait-il qu'à un moment donné, une société puisse produire un type comme lui ? Comme souvent, chez les Dardenne, nous sommes embarqués dans un cinéma profondément humain, sans jugement, un cinéma de l'action et du mouvement. Vérité des corps et des regards, des rythmes et des jeux plus ou moins dangereux.

− Je te demande pardon, Sonia… Pardonne-moi... J'ai besoin de toi… J'ai changé, je te jure… Je t'aime, Sonia… (derrière la porte qui reste close)

Plus tard, au commissariat, il prend (enfin) ses responsabilités de chef de bande. Puis, au centre de détention, à Sonia venue le visiter :

− Et Jimmy ?

− Il va bien (S'embrassant, ils pleurent à chaudes larmes, un père est né)

Un cinéma de la rédemption ; quelque chose de l'ordre du sacré, sans doute.

Ce billet a été modifié le 15 mars 2020