Dans l'article publié dans Libération du 6 mars 2020, Noë Gauchard décrit le traumatisme écologique, un mal sournois dénommé parfois aussi éco-anxiété ou solastalgie, qui se propage de plus en plus dans la jeunesse et dans les autres générations, sans distinction d'âge. Stress pré-traumatique, dépression, fort besoin de consolation dans un monde de désolation. La catastrophe écologique annoncée ferait perdre tous leurs moyens aux individus, à une intensité différente en fonction de chacun·e.

Habituellement, l’on se demande pendant notre enfance combien d’enfants on voudra plus tard, quels seront leurs prénoms et quel sera notre métier de rêve. (...) On sera cosmonaute, alpiniste, chercheu·r·se d’or à temps partiel. Ou tout simplement heureu·x·se. Aujourd’hui, entrevoir l’avenir est devenu brutal, violent et presque désespérant : les enfants d’aujourd’hui, nous, la jeunesse, nous ne savons même pas si nous aurons un futur. Nous ne savons même pas si nous allons mourir de vieillesse. Nous ne savons même pas combien de temps il nous reste. Quand un enfant comprend cela, alors sa vision du futur est complètement bouleversée. Impossible de se construire sereinement quand l’avenir est menacé et qu'on apprend qu’il faudra se battre pour avoir le droit d’en jouir. Pour simplement avoir le droit à un futur. Et quand on comprend tout cela à 25 ans ou 30 ans, alors on a les armes pour y répliquer psychologiquement. (...) Mais quand on subit cette prise de conscience pendant l’enfance ou l’adolescence, cela détruit tous nos schémas de pensée habituels, en ne nous permettant plus de se projeter dans un futur certain. On se retrouve avec un futur à construire, à préserver, qui nécessite de se battre. (...) C’est une situation inédite, et qui découle sur un mal totalement nouveau : un traumatisme écologique de la jeunesse. Une perte complète de repères dans un monde où tout est à repenser, où aucune base existante n’est assez solide pour pouvoir s’appuyer dessus sereinement. Un monde alors en perpétuelle hésitation, en doute permanent. Mais dans le même temps, un monde qui nous impose des délais fatidiques et très courts. Un monde qui nous dit que la jeunesse doit s’engager, car c’est elle qui est en danger. Alors, pour éviter que le traumatisme écologique ne devienne le nouveau mal du siècle et qu’il ne détruise mentalement toute une génération, voilà le message que les adultes doivent envoyer aujourd’hui à la jeunesse : je suis là, et je me battrai pour toi, car j’ai eu le droit à un futur qui existe, et je veux que tu y aies le droit aussi.(...) Je suis là, et je me battrai pour toi, car j’ai eu le droit à un futur qui existe, et je veux que tu y aies le droit aussi.

Face à l'effondrement décrit dans les scénarios noirs des scientifiques les plus sérieux et des divers collapsologues, il est urgent et essentiel d'espérer et de croire qu'il y a bel et bien un plan B pour la planète qui passe par un New Deal vert. Il est urgent et essentiel pour les adultes de protéger les jeunes du triple traumatisme sanitaire, écologique et psychique qui les menace. Plus que jamais, l'engagement solidaire et fraternel de toutes les générations réunies est de mise. Lutter contre le dérèglement climatique pour une mondialisation vivable, faire barrière au risque sanitaire, se battre contre les inégalités sociales et raciales ne s'opposent pas ; ce sont trois luttes inextricablement liées. Faire face ensemble, tout simplement, toutes générations réunies. Car les jeunes, porteurs d'avenir, sont aussi fragiles que les vieux. C'est le moment.

Ce billet a été modifié le 17 mars 2020 à 14h39

Pour aller plus loin

Delmas-Marty M., Profitons de la pandémie pour faire la paix avec la Terre, Le Monde, 18 mars 2020