"Je ne suis pas seul à être seul", écrit le doux-amer et espiègle écrivain Jean-Louis Fournier (2021) qui se retrouve seul après avoir perdu son épouse et comme il le fut, fils unique, à l'âge de 10 ans. En effet, il n'est pas seul en solitude. Et les épisodes réitérés de confinement-déconfinement associés à des histoires de vie singulières, accentuent le sentiment de solitude. Une véritable épidémie de solitude.

Je n'ai absolument personne à qui parler, et la psychologue en qui j'avais confiance n'est plus au Centre médico-psychologique, me dit en pleurant à 1h30 du matin une appelante à SOS Amitié. Un emphysème pulmonaire m'a contrainte à changer de région. Je suis seule, absolument seule, sans famille, sans enfants. Cette ancienne commerçante n'a gardé aucun contact avec les personnes rencontrées dans son enfance d'enfant placée. Elle ajoute : L'isolement me tue. Je n'ai personne, personne pour me dire : comment vas-tu vraiment ?

Mal-être, phobies, déprimes… La privation de liberté est vécue douloureusement par une partie de la population déstabilisée socialement, économiquement, psychiquement. Si tous les Français souffrent, les plus fragiles souffrent doublement, ils ne demandent pas d’aide, il faut aller les chercher.

Jeunes, personnes sans emploi, étudiants confinés dans un campus vide. Ils savent désormais que, pour la deuxième année consécutive, ils devront passer à distance leurs examens terminaux et ne pas compter sur des jobs d'été en allés. Mais aussi commerçants au bord de la faillite, privés de leur raison d'être. Ou encore artistes privés de scène.

Après les troubles du sommeil, les ruminations anxieuses et les craintes diffuses, le trouble permanent se constitue, l'angoisse vient et l’épuisement est constant. La dépression n'est plus loin et, avec elle, son cortège de molécules, l'alcool, les addictions, les cocktails toxiques et l'esseulement croissant.

Allo, vous êtes là ? Je voudrais juste un peu parler avec quelqu'un...

Ce billet a été modifié le 20 avril 2021