Plaidoyer pour une maîtrise de l’emploi du temps de chacun par chacun, pour la reconnaissance d’un temps pour rien d’une valeur inestimable, l'essai de Thierry Paquot propose une solution simple, peu coûteuse, applicable par toutes et tous, petits et grands, jeunes et moins jeunes, au travail ou en vacances, partout et à toute heure pour résister à la dictature de l'urgence et du temps contraint : la sieste !

J'avoue, je confesse, je proclame : la sieste est un temps fort d'un art de vivre, oui, un art de vivre qu'il convient de défendre, de populariser, de pratiquer avec conviction, plaisir et sérieux. Siesteuses et siesteurs de tous les âges, de toutes les latitudes et fuseaux horaires, de toutes les professions, affirmez votre singularité et résistez au temps planétaire, satellitaire, totalitaire ! (page 6)

Un temps pour rien ? Mais ce rien est béni. Et ce temps possède une valeur, mais aucun prix. La sieste est une réappropriation par soi de son propre temps, hors les contrôles horlogers. La sieste est émancipatrice (page 40).

La sieste choisie entraîne une réorganisation complète des horaires des services et des entreprises. Il ne s'agit pas de fermer de telle heure à telle heure, mais de faciliter ce que Pierre Sansot nomme le temps flottant satisfaisant, compte tenu de la diversité des comportements individuels, tout le monde sans léser personne. Refuser une telle prise en considération de temps flottant consiste à fermer les yeux devant des pratiques inavouables, du genre : j'accroche un panneau "je reviens de suite" et je tarde à reprendre mon poste ; je cadenasse arbitrairement le guichet "momentanément" ; je somnole debout et suis ailleurs, tout en étant physiquement là (et las) (page 72).

Je me souviens de siestes sucrées, musicales, parfumées, illimitées, joyeuses, mais aussi de siestes amères, silencieuses, fades, étroites, fermées, ou encore agitées, chahutées, capricieuses, couleur chair, couleur bois, couleur pierre, couleur mer, des siestes élémentaires, primaires, primitives, et puis des siestes civilisées, policées, et d'autres dévergondées, débraillées, ou suspendues, azurées, insolites, monacales, extatiques, bref des siestes bigarrées et parfois opposées dans leurs effets comme dans leurs causes. La vérité de la sieste nous échappe toujours... (page 86)