Certes, quatre cents mineurs non accompagnés ont déjà quitté l’île et devraient bénéficier de la générosité au compte-gouttes de l’Europe, laquelle ne s’intéresse qu’aux enfants (une centaine, peut-être un peu plus, pour la France). Mais le problème pourrait être réglé si chacun des 27 États membres prenait en charge 500 résidents de l’ex-camp de Moria. On voit combien ce chiffre dérisoire ne résiste pas à l'analyse.

Et pourtant, cadenassés par des opinions publiques xénophobes, autocentrés sur leurs préoccupations sanitaro-sécuritaires, portés au moins-disant par les plus populistes d'entre eux, les gouvernants des 27, plus soucieux de leur réélection que du respect et de la mise en oeuvre effective du droit d'asile et du sauvetage humanitaire, temporisent, feignent l'indignation, déversent leur moraline aux autres États-membres, puis se referment.

Y a-t-il au moins un pays d’Europe qui aime les migrants ? crie une réfugiée en détresse.

De son côté, la France n'est pas la plus vertueuse. Elle a poussé à externaliser la charge de l'accueil dans des États aux motivations douteuses et aux conditions d'accueil très dangereuses (Turquie, Libye) ; elle a laissé les pays du sud de l'Europe, les plus exposés à la charge des arrivants de l'Est ou du Sud de la Méditerranée (Grèce, Malte, Italie, Espagne), régler eux-mêmes leurs problèmes ; elle tarde à mettre tout son poids dans la révision pourtant nécessaire du règlement de Dublin (1) qui pèse essentiellement sur ces pays du Sud européen ; elle interdit à des associations, comme on l'a vu début septembre à Calais, de distribuer des repas aux migrants à Calais.

Non seulement l’État est incapable de leur assurer des conditions de vie humaines, mais il empêche ceux et celles qui essaient de pallier ces carences de le faire.

Aίσχος pour l'Europe à Lesbos !

Honte pour l'Europe à Lesbos !

(1) Le règlement européen dit "Dublin III" s'applique depuis le 1er janvier 2014. Il détermine l'État membre de l'Union européenne responsable d'examiner une demande d'asile en vertu de la Convention de Genève (art. 51). Dublin III stipule que, sauf critères familiaux, le pays responsable de la demande d’asile d’un migrant est le premier État membre où sont conservées les empreintes digitales. C'est ce pays qui est donc chargé de l'instruction du dossier et de la décision finale. Une demande d'asile ne peut être examinée que par un seul pays européen. Cela signifie que le demandeur peut être transféré vers le pays chargé de l’examen de la demande. En attendant l'accord et l'arrivée dans le pays "instructeur", le demandeur est placé en « procédure Dublin », et dispose de certains droits (dont l’allocation pour demandeur d’asile) mais peut être assigné à résidence ou placé en rétention. Il risque d'être déclaré « en fuite » s'il ne se rend pas aux convocations. Pays appliquant la procédure Dublin : outre les 27 États membres de l'UE, les 4 pays associés au système de Dublin (Norvège, Islande, Suisse et Liechtenstein).

Pour aller plus loin

Ziegler J. (2020), Lesbos, la honte de l'Europe, Seuil, 2020