Flotte, mon attention
Par Jacques Vauloup le mercredi 23 juin 2021, 05:51 - Allo j'écoute... - Lien permanent
Dans la revue Le carnet psy, le psychiatre et psychanalyste Maurice Corcos instille chaque mois, en quelques paragraphes percutants, un savoureux Imprécis de psychanalyse. Notions-clés : compulsion de répétition, associations, guérison, etc. Ainsi, dans le n°239 (2020-9), l'attention flottante. Extraits.
La position de clinicien est celle de l’écoute, d’une attention portée aux associations libres, à la manière dont les énoncés, pensées et paroles, silences s’agencent. L’écoute d’un discours peu cohérent suppose une attention flottante, non centrée sur la rationalité du discours, pour éviter d’être absorbé par les thèmes, les images ; pour rester réceptif à la signification des changements, des enchaînements, des lacunes dans les associations. L’attention flottante permet aussi de laisser percevoir le contenu latent du discours, les allusions aux séances antérieures, aux situations infantiles…
L’attention du clinicien se porte sur la nature et l’agencement des énoncés et sur le contenu associatif des pensées attachées à un élément, à une représentation, à un objet particulier pour donner du sens (visée compréhensive). L’observation clinique des associations retenues par le clinicien renseigne sur les pensées et les processus latents influençant la manifestation ou l’énoncé de ces éléments (pensées, processus, énoncés). L’observation porte sur la façon dont ces éléments sont liés les uns aux autres.
L’attention flottante est le dispositif qui permet de saisir ce qui se produit dans le transfert et la répétition des situations antérieures ; objets partiels (clinicien considéré comme une « bonne mère » nourricière, par exemple) ; objets totaux (clinicien considéré comme un objet total cf. névrose) ; sur des déplacements (quelle image parentale est transférée sur le thérapeute ? Quel objet interne représente-t-il ? Quelles angoisses, quels conflits, quels affects, est-il chargé de recevoir et d’héberger, de quel savoir est-il supposé ?)
Dans leur Vocabulaire de la psychanalyse, Laplanche et Pontalis indiquent que cette recommandation essentielle d'attention flottante qui définit l'attitude subjective du psychanalyste lorsqu'il écoute son patient, a été énoncée et commentée par Freud dans ses Conseils au médecin pour le traitement analytique (1912). C'est cette règle qui permet à l'analyste de conserver dans sa mémoire une multitude d'éléments en apparence insignifiants dont les corrélations ne ressortiront qu'ultérieurement. Le but à obtenir serait une véritable communication d'inconscient à inconscient. Plus tard, de façon imagée, Theodor Reik a parlé d'«écouter avec la troisième oreille». Une règle idéale qui, dans la pratique, rencontre des exigences contraires : comment concevoir le passage à l'interprétation et à la construction sans qu'à un moment donné, l'analyste se mette à privilégier un certain matériel, à le comparer, à le schématiser ? Et donc à en délaisser d'autres ?