6 ans, 1 mètre, pro malgré lui
Par Jacques Vauloup le dimanche 27 juin 2021, 03:47 - Cinépassion - Lien permanent
Ceux qui se souviennent avoir vu le film de Bo Widerberg à sa sortie en 1974 ont pu s'identifier au gamin prodige et se projeter dans les pas et les yeux de Johann. Enfin, j'allais jouer une Coupe du monde de foot aux côtés des pros de l’équipe nationale... Mais au fond, n'est-ce pas plus important de taper la balle avec les potes du quartier ?
Un jour, une star du foot suédois croise Johann sur le terrain de jeu en bas de chez lui. Des enfants, qui l’ont reconnu, lui envoient le ballon. Le joueur pro tente de dribbler Johann, qui, à deux reprises, lui subtilise le ballon. La star ne s’en remettra pas. Avec sa pointure 23, Johan va se trouver propulsé dans l'équipe pro la plus proche puis dans l'équipe nationale au maillot jaune.
Subtile identification
Bo Widerberg ne filme pas les rêves d'un enfant de 6 ans, mais l'enchaînement somme toute presque naturel qui conduit cet enfant, de fil en aiguille, au plus haut niveau. Certes, ses parents se laissent porter par le succès croissant, et toujours modeste, de leur fils ; mais le réalisateur reste subtil et non démonstratif. Aucun star-system n'affleure.
Ses camarades joueurs sont invités par le coach à lire des histoires à Johan au moment de s'endormir. Et ce sont eux qui s'endorment de fatigue. Dans les stades, les spectateurs émerveillés encouragent spontanément leur mascotte comme s'il était leur fils. Au passage, on note qu'en 1974, les trois vecteurs principaux de l'information étaient le journal papier, la radio et la télé. Point de smartphone, de tout écran mobile, point d'instantanéité et de présentisme comme aujourd'hui. Le film respire cette fraîcheur-là, aujourd'hui en allée.
Et tous les lundis, de retour en classe avec ses copains du quartier, Johann s'endort sur son pupitre. Mais il n'a plus le droit de jouer avec ses potes du quartier comme avant car il est trop fort
.
Il y a plus important dans la vie que 2 et 2 font...
Un jour, préoccupée de voir que Johann, héros national malgré lui et de plus en plus agacé d'être reconnu dans la rue, ne sache ni lire ni compter, son institutrice lui propose de choisir d'apprendre à lire et compter, ne serait-ce que pour déchiffrer les titres des journaux quand on parle de lui et de ses exploits.
Après avoir rempli avec responsabilité son rôle de buteur pour un dernier match gagné avec l'équipe nationale, Johann revient vraiment à l'école.
L'institutrice s'adressant à Johan :
Combien font 2 plus 2 ?
Johann après avoir hésité : Cinq...
L'institutrice aux élèves moqueurs :
Ce n'est pas grave ; il y a des choses beaucoup plus importantes dans la vie que de savoir combien font deux et deux...
Elle sourit à Johann et lui décoche un clin d'oeil.
