L'orientation, choix de vie
Par Jacques Vauloup le samedi 19 juin 2021, 04:10 - S'orienter − Devenir - Lien permanent
Love, 18 ans, lycéen, Stockholm : « La santé mentale sera le gros défi de ma génération ». Margaux, 23 ans, étudiante à l’École normale supérieure de Rennes : « J’ai eu une énorme prise de conscience sur l’écologie ». Matthias, 21 ans, barman à Turin : « Nous devons arrêter ce consumérisme extrême ». Claire-Lyse, 18 ans, lycéenne en terminale à Rennes : « Je me demande si c’est une bonne idée de faire des enfants dans ce monde ».
Dans son édition du 2 juin 2021, Le Monde publie une passionnante enquête près de la jeunesse européenne. De Rennes, Parme, Londres, Cork, Turin ou Stockholm, les jeunes 18-25 d'Europe racontent en quoi la pandémie les a touchés à l'heure des choix de vie, d'études, de couple. Une expérience qui les a changés.
Expérience destructrice ou fondatrice ?
Secoués par la pandémie à l’heure des choix de vie et de la construction de soi, profondément affectés par les épisodes de confinement forcé, frappés d'impuissance et de colère pour devoir payer cher le prix du sauvetage des plus anciens, les jeunes ont dû s'accrocher pour continuer à suivre les cours alors qu'ils étaient distribués à distance, se cramponner pour survivre alors que le travail était suspendu, s'agripper pour ne pas sombrer dans l'isolement, la détresse et le découragement.
Et puis, 1 an à 17 ou 23 ans, cela ne pèse pas le même poids qu'à 40 ou 50 ans. Sensation d'avoir perdu 1 à 2 de leurs « meilleures années »... Faute de soutien parental, certains ont dû interrompre précipitamment leurs études alors que les plus nantis, eux-mêmes non exempts de stress, pouvaient continuer de fréquenter en jauge entière la classe préparatoire aux grandes
écoles de leur lycée. Une fois de plus, les inégalités se sont révélées d'une brutalité inouïe.
Et souvenons-nous des Resto du coeur en activité sur les campus pendant tout l'été 2020 quand d'autres étudiants beaucoup plus privilégiés, mis sous perf' − perfusion ou performance, comme on voudra − par leurs familles riches, avaient fui les villes depuis longtemps et s'étaient mis au vert au vert ou à la mer dans la résidence secondaire de leurs parents ou grands-parents... Des inégalités abyssales, et qui se creusent encore un peu plus par temps de pandémie.
Se changer pour changer le monde
Reconsidérer ses valeurs, son attention aux petites choses simples et aux gens. Prendre soin des autres. Être attentif aux épisodes de tristesse, de déprime, qu'ont vécus nombre de personnes autour de soi, y compris les plus joyeuses initialement. Mieux comprendre ainsi, pour les avoir soi-même vécus, les moments d'abattement dans lesquels sombrent certaines personnalités plus fragiles, plus usées, plus épuisées.
Changer son mode de vie pour pouvoir maintenir la vie sur cette Terre. Est-il vraiment nécessaire d'envoyer des étudiants en stage à l'étranger à l'autre bout du monde ? Est-il vraiment indispensable d'organiser la surenchère aux stages à l'étranger des collégiens et des lycéens, argument de vente des établissements dans le grand bazar du business scolaire et du consumérisme éhonté auquel il est associé ?
N'est-il pas temps de changer nos modes de consommation ? Nos rapports au travail, à l'enfance et à la jeunesse, à la fin de vie, à la famille ? Mais aussi nos manières de nous déplacer, de manger, de travailler ?
Éloïse, étudiante en management à Londres : « Le monde doit revoir sa façon de fonctionner ». Francesco, étudiant à l’université de Parme : « Beaucoup de jeunes ont perdu le goût d’être ensemble ». Dans le sillage de Greta Thunberg, des jeunes européennes et européens (sont-ils représentatifs de l'ensemble de la jeunesse ?) semblent résolus à s'attaquer vraiment aux inégalités qui perforent nos sociétés, au changement climatique qui dévaste la planète et aux bruits de bottes en plein essor qui ravagent les démocraties. Sur elles, sur eux repose désormais le fardeau de refaire un monde défait. Dépasser la peur qui les a emparés. Retrouver l'énergie. Reprendre confiance en soi et en autrui. De plus en plus nombreux, de jeunes Européennes et Européens ne supportent plus de devoir payer les pots cassés pour les générations qui ont endommagé la planète si gravement. Cela passera par de nouveaux engagements politiques. Par elles, par eux.