Des médecins devenus opérateurs de soins, exécutants de protocoles et consignes spécialisés

Les pratiques médicales d’aujourd’hui sont à l’image de la société, discriminatoires, et entretiennent un rapport élastique avec la santé de la population. Il y a une contradiction de plus en plus visible entre la rentabilisation du traitement des maladies et la santé des patients. La difficulté est que cette santé passe, en partie aussi, par le traitement des maladies qu’ils portent. La médecine libérale de cabinet est devenue la caricature de cette contradiction et la pandémie a concrétisé sa dérive. Le Médecin, jadis auréolé d’un mélange de respect dû à son savoir et de reconnaissance due à sa disponibilité et son empathie, n’est plus aujourd’hui qu’un travailleur comme les autres. Il a été transformé en opérateur de soins, acteur sous contrôle, au service du complexe industriel sanitaire et pharmaceutique, via les injonctions de l’Agence régionale de santé (ARS), de l’Assurance maladie et d’un Conseil de l’ordre des médecins conservateur et inutile, mais toujours vivant. (...)

Une médecine discriminatoire, inégalitaire et des patients absents des décisions qui les concernent

Les patients, de leur côté, changent également. La classe supérieure possède ses réseaux pour se soigner à prix d’or dans les cliniques privées à but lucratif, et marginaliser ainsi le secteur 1 (à tarif opposable, c’est-à-dire sans dépassements d’honoraires) et l’hôpital public, réservés aux basses couches sociales. La classe moyenne, abreuvée d’Internet, soucieuse de rallonger au plus loin la vie, est exigeante, consumériste et procédurière. Les personnes aux plus bas revenus qui n’ont pas accès à la Complémentaire santé solidaire (CSS, ex Couverture maladie universelle ou CMU), sont souvent exclues du juste soin par manque d’argent. Une constante, cependant : les patients ne peuvent peser sur les instances de décisions, ils cherchent donc la meilleure adaptation à l’existant. Ce sont des patients absents. Pendant ce temps, les cliniques privées sont des usines à profits à l’écart des questions de santé publique, mais pas des mouvements erratiques de la Bourse. (...)

Peut-on encore rêver à une médecine humaniste, conviviale, respectueuse de la culture ?

Richard Huvet prône une émancipation sanitaire entée sur 15 objectifs. Faute de place ici, j'en ai retenu cinq qui me paraissent les plus significatifs du programme politique de l'auteur. Le lecteur intéressé est invité à se reporter à l'intégralité de l'article.

La fonction publique hospitalière devient le cadre unique de travail. Fin du modèle libéral, du secteur 2.

Garantir l'accès de tous à des soins d'égale qualité.

Rétablir le pouvoir des citoyens sur la Sécurité sociale, sur les ARS, sur les maisons de santé.

Réformer intégralement la formation de médecin généraliste, clef de voûte du nouveau système.

Nommer les personnels en fonction des besoins sur tous les territoires.

Pour aller plus loin

Revue Pratiques, Cahiers de la médecine utopique.

Depuis 1975, la revue Pratiques s’efforce de repérer, décrypter et analyser les différentes dynamiques à l’œuvre dans les questions de soin et de santé. Les lieux de soins ne peuvent remplir leur fonction qu’à la condition que la personne puisse y être entendue et prise en compte dans toute sa complexité, sa singularité, ses conditions de vie et de travail. La revue mène une analyse critique constructive et indépendante, sans publicité ni subvention. Elle est animée par des personnes bénévoles et n’a d’autres ressources que ses lecteurs.

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