La mort omniprésente dans les récits
Par Jacques Vauloup le mercredi 10 novembre 2021, 04:47 - Nos astres errants - Lien permanent
Dans Libé du 11 octobre, témoignage de Christina Alexopoulos, psychologue clinicienne bénévole dans un centre d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Dans leurs récits d'itinérance, les errants parlent de leurs confrontations à la mort. Et c'est très souvent un premier décès qui enclenche le départ et l'errance. Comment le vivent-ils ? Avec quels traumatismes ? D'où les pas encore morts tirent-ils leur résilience inouïe ?
Nombreuses attaques et expériences génocidaires avant leur départ, morts sur la route ou naufragés de la mer, morts de personnes proches dans leur famille ou d'amis d'errance, esclavage et exécutions sommaires en Libye, traversées des frontières mortifères (y compris en Europe), risques induits par la vie dans la rue pendant des mois... La mort est partout dans les récits des errants. Certains n'arrivent pas à se reposer, car dormir est un souvenir de mort. Sans compter la mort symbolique de la vie d'avant.
Beaucoup d'entre eux, à l'occasion de la mort de l'un de leurs proches, se trouvent face à leur propre mort : qu’arriverait-il s’ils mouraient ? Auraient-ils le droit de mourir dans la dignité ? Leur famille serait-elle avertie ?
Ces récits laissent sans voix. On leur a volé leur vie d'avant. On leur vole leur vie d'après. En se refermant, en barricadant ses frontières externes et internes, l'Union européenne étale une fois de plus au grand jour son incapacité à montrer davantage d'hospitalité et d'humanité face aux errants. Elle en a pourtant non seulement les moyens mais elle se grandirait à le faire. Les psychologues, psychiatres, psychothérapeutes ainsi que les nombreuses et nombreux bénévoles associatifs intervenant près des errants en ont d'autant plus de mérite.