Pendant l'année universitaire 2020-2021, l'assouplissement des mesures sanitaires, la reprise de l’activité économique et un retour relatif à des modes de vie « ordinaires » ont constitué un contexte plutôt favorable pour la vie des étudiants, sans pour autant atteindre les niveaux observés en 2019.

Deux regards opposés sont possibles. Si l'on prend des lunettes optimistes, nous assistons à une amélioration progressive de la situation ; si l'on choisit une forme moins enchantée de présentation, on constate que les déstabilisations engendrées par la crise sanitaire ont encore impacté les modes de vie étudiants durant la dernière année universitaire, d’autant que les enseignements à distance y sont restés la norme. L'enquête propose les deux analyses à égalité.

Pour l'essentiel, les étudiants déclarent que leurs conditions de vie et d’études se sont dégradées en 2020-2021 en comparaison d’une année ordinaire, mais aussi par rapport au confinement strict du printemps 2020. Mais il y a étudiant et étudiant.

Isolement accru, dégradation de la vie sociale

L'enquête distingue nettement deux sortes de conditions étudiantes : d'une part ceux qui n’ont pu bénéficier du soutien rapproché de leur famille et qui ont été particulièrement affectés par les prolongements de la crise sanitaire durant l’année 2020-2021, notamment les étudiants étrangers ; d'autre part les étudiants, souvent les plus jeunes, qui, ayant traversé cette année près de leurs proches ou profité du soutien financier et matériel de leurs parents, ont été relativement préservés durant la période de stop and go sanitaire.

Selon cette étude d'envergure, à laquelle ont participé 60.014 répondants, plusieurs facteurs expliquent la détérioration du ressenti des étudiants et l’aggravation de leur détresse psychologique par comparaison au premier confinement : une crise d’abord appréhendée comme temporaire et qui s’installe dans la durée (avec les difficultés matérielles et l’incertitude associées), un recours moins important aux parents (notamment au domicile parental), un isolement renforcé durant les périodes de confinement.

Avoir 20 ans en 2021 est loin d'être une sinécure ou un âge insouciant pour nombre de jeunes. Le plus bel âge de la vie ? Allons donc. N'est-ce pas plutôt une charge mentale d'autant plus lourde que vous êtes pauvre ? une chance héritée pour certains et un risque majeur pour d'autres ? un parcours balisé, encadré, protégé, financé chez les uns et désorienté pour beaucoup ? un isolement croissant et un enfermement sur soi favorisés par la grande emprise/entreprise du distanciel ?

Beaucoup de jeunes s'interrogent moins sur le retour sur investissement des études que sur leur valeur éthique, existentielle, relationnelle, psychique et sociale. Quand ma vie pourra-t-elle enfin commencer, nous disent-t-ils ? Un enjeu subjectif et politique majeur. Il pleut des milliards, disais-je en juin 2020, et pour l'éducation, combien ? Nous y sommes. Et qui peut se satisfaire de l'écart croissant entre les étudiants pauvres et les étudiants riches ?