Claire Marin poursuit :

Nos insomnies sont faites de souvenirs trop présents. Il nous faut instaurer des limites à l'emprise du passé sur le présent, l'empêcher d'empiéter sur l'instant vécu pour ne pas nous enfermer dans la répétition vaine, la rumination et l'insomnie, qui nuit à l'être vivant et fi nit par l'anéantir. Cette incapacité à dormir nous tue à petit feu. L'insomnie est l'impossible lâcher-prise, le refus du sommeil comme abandon.

Passer par la nuit, accepter de disparaître, dans l'oubli du jour passé et l'absence à soi, voilà ce dont une conscience vive a besoin pour affronter les lendemains. Mais la conscience sans sommeil étire infiniment le passé dont elle refuse qu'il s'efface. L'insomnie distend la présence, refuse la coupure du passé, s'épuise dans cet effort vain sans même s'en rendre compte.

Il faut accepter la succession des jours et des nuits, nous dit Nietzsche, distinguer le clair de l'obscur, séparer ce que l'on peut embrasser du regard de ce qui est hors de vue. (pages 141-142)

La voix d'Alain Bashung nous transperce :

La nuit je mens

Je prends des trains à travers la plaine

La nuit je mens

Je prends des trains à travers la plaine

La nuit je mens

Je m'en lave les mains

J'ai dans les bottes des montagnes de questions

Où subsiste encore ton écho ■