Les ados souffrent aussi
Par Jacques Vauloup le lundi 9 mai 2022, 04:51 - Nos astres errants - Lien permanent

Dans tous les conflits armés, les adolescents souffrent aussi. En Ukraine comme ailleurs. (...) Mais leurs souffrances tardent à être reconnues et prises en charge. Comme si elles valaient moins que celles des adultes
. La pédopsychiatre Marie-Rose Moro poursuit : "Comme les adultes, ils ont mal, ils ont peur, revivent les événements traumatiques, l'effroi de la mort".
Ce qui se traduit par une hypervigilance, une peur de mourir dès que réapparaît une situation semblable à celle qui leur a fait voir la mort en face. Si un bombardement a lieu la nuit, alors toutes les nuits, certains ados auront peur de mourir.
Angoisse, insomnie, dépression
Cette angoisse extrême se traduit dans le coeur qui bat, dans un serrement ou des maux de gorge et de ventre, mais aussi dans l'impossibilité de manger ou de dormir à certains moments. Et puis, au bout de quelque temps, de quelques mois, ces symptômes qui se répètent deviennent chroniques et se transforment en dépression. Les ados perdent l'envie de vivre et de devenir adultes.
Trop occupés à survivre, les parents perdent leur capacité à bien s'occuper de leurs ados et à court, moyen et long termes, ces souffrances conditionnent la vie même des ados dans la vie d'après, celle qui doit renaître après la guerre, celle qu'ils vont devoir reconstruire.
Face à cette vulnérabilité extrême en temps de guerre, la réponse des ados consiste souvent à s'engager ou à transgresser en prenant des risques extrêmes : intégrer des commandos ou milices locales, parfois sans l'accord de leurs parents, tant ils ont besoin, en cette période de la vie où les valeurs sont essentielles, d'être cohérents avec eux-mêmes et avec les autres. Tant ils ont besoin de se battre contre l'injustice et de construire des idéaux, d'être à la hauteur des rêves qui leur permettent de tenir pour survivre dignement.
(...)
On aurait tort de considérer que, face à l'innommable, les ados "s'en sortiraient mieux" que les enfants plus jeunes. Comme en Syrie, au Soudan, au Yemen ou ailleurs (tant la liste est longue), les enfants, qu'ils soient plus jeunes ou adolescents, sont les premières victimes des stress traumatiques liés aux conflits armés. D'où qu'ils viennent, que ce soit d'Ukraine ou d'ailleurs, ils nécessitent, de la part des vingt-huit États de l'Union européenne, une politique commune ambitieuse, visionnaire et équitable d'ouverture à leur humanité si vulnérable et souffrante.
Pour aller plus loin
Bennabi Bensekhar M., Moro M.-R. (2022), Guérir des traumas de la guerre, La pensée sauvage