Ainsi, la France, second pays le plus peuplé d'Union européenne (UE) n'arrive qu'en 11ème position quant au nombre d'enfants et de jeunes Ukrainiens de moins de 18 ans accueillis depuis le 24 février dans chacun des États de l'Union (source : Eurydice, Commission européenne, situation à la mi-mai 2022). Triste statistique.

Avec 8 fois moins d'habitants que la France, l'Autriche en accueille quasiment autant. Avec 23 fois moins d'habitants, la Lituanie en accueille autant. Avec 50 fois moins d'habitants, l'Estonie en accueille presque autant.

Le cas de l'Italie est intéressant à regarder. Le pays accueille 2,5 fois plus d'enfants que la France alors que sa population totale est proche de la nôtre (61 millions d'habitants). Et 71% des enfants et jeunes accueillis étaient scolarisés dans les écoles de la botte à la mi-mai. L'Espagne aussi (47 millions d'habitants) est vertueuse : 2,2 fois plus d'enfants et jeunes Ukrainiens accueillis et 75% d'entre eux scolarisés.

Pourquoi l'élan d'ouverture, de solidarité et de fraternité manifesté fin février début mars a-t-il brusquement baissé puis presque totalement disparu des radars de l'information et des préoccupations de l'État français et, semble-t-il des Françaises et des Français, dès que le pays est entré dans les deux campagnes électorales du printemps ?

Alors que les élections présidentielles sont closes depuis deux mois et les législatives depuis 1 mois, pourquoi le silence dure-t-il dans la torpeur/trop peur caniculaire de l'été ? Pourquoi l'État français ne communique-t-il pas sur le pourcentage d'enfants ukrainiens scolarisés en France rapporté au nombre total d'enfants accueillis sur le territoire ? Serait-ce que, là aussi, nous manquons de la vertu d'accueil de l'étranger à l'école de la République ?

Si, comme le laisse présager la situation géopolitique et militaire actuelle, le conflit armé en Ukraine dure longtemps, la France sera-t-elle, en septembre, prête à reconsidérer nettement à la hausse la quantité de ces jeunes enfants ukrainiens accueillis sur son territoire et dans ses écoles ?

Last but not least, la primeur donnée aux Ukrainiens sur les autres nationalités dans les aides accordées par l'État, les collectivités locales, les associations... pourra-t-elle durer sans poser de redoutables problèmes de droit international, de dignité, d'égalité ?

L'été ne fait que commencer et la solidarité brûle déjà.

Ma France, quand sors-tu de ta torpeur/trop peur ? ■

(1) Précision importante. Le nombre de 15.913 correspond à l'effectif des enfants ukrainiens mineurs de moins de 18 ans scolarisés dans les écoles françaises à la mi-mai. Il avait atteint autour de 17.000 fin mai 2022. Il se distingue du total des enfants ukrainiens de moins de 18 ans accueillis sur le territoire. Comme l'État français n'a pas communiqué ce dernier chiffre à l'UE, l'enquête publiée par Eurydice n'a pu en tenir compte. Si l'on prend l'hypothèse (haute) que 2/3 des enfants ukrainiens accueillis en France ont été scolarisés, on peut estimer à environ 25.000 le nombre des enfants accueillis sur le territoire à la mi-mai 2022. Avec un taux de scolarisation à 50% (hypothèse basse), on passe à l'estimation d'environ 31.000 enfants ukrainiens accueillis sur le territoire français (soit moins que l'Italie, la Roumanie ou l'Espagne). Information complémentaire : en 2022, tous âges confondus, environ 120.000 ressortissants et ressortissantes d'origine ukrainienne ont été accueillis sur le territoire français.

Ce mot a été amodié le 30 décembre 2022 puis le 20 février 2023

Pour aller plus loin

European Commission, Supporting refugee learners from Ukraine in schools in Europe, Eurydice, juillet 2022, 36 p.

L'enquête couvre les 27 États de l'UE et les États candidats à l'entrée dans l'UE (dont la Suisse). Au-delà des données chiffrées, elle décrit les top-level policies et les top-level tools. Elle distingue trois types de scolarisation mises en oeuvre selon les États : integration in local schools, Ukrainian groups/classes and distance learning, cooperation with Ukrainian teachers. Elle présente également les actions et dispositifs mis en place par les États afin de promouvoir refugee learners’ social, emotional and mental well-being.

Rester ou repartir ? Depuis avril 2022, dans les « Carnets d’exil », Le Monde suit douze familles, ukrainiennes et russes, qui ont fui la guerre et sont arrivées en France. Voici leurs témoignages regroupés par famille, dans l'édition du 30 décembre 2022.

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