C'est d'une voix douce mais affirmée qu'auditionnée le 16 décembre 2021 par la commission d'enquête parlementaire chargée de lever le voile sur la situation extrêmement critique de l'hôpital, Caroline Brémaud, médecin, cheffe de service des urgences au centre hospitalier de Laval (Mayenne), a parlé.

Comment l'État a-t-il pu laisser partir ainsi à la dérive le service public hospitalier ?

Pourquoi les autres médecines, la libérale, celle aussi des cliniques privées de rapport se dédouanent-elles à ce point de leur propre responsabilité ?

Comme nombre de ses collègues qui ont fait le choix du service public − il faut citer aussi à leur juste place, irremplaçable, les infirmiers et infirmières, les aides-soignant-e-s qui tiennent le service public et restent à l'hôpital −, Carole Brémaud tient ! Quelle énergie ! Quelle intelligence de situation ! Quel engagement professionnel ! Quel civisme !

À l'heure où, faute de personnel, faute de réponses systémiques adaptées venant de l'État, d'autres services d'urgence hospitaliers sont contraints de fermer leurs portes le week-end ou certains jours de la semaine, le cas de l'hôpital de Laval est loin d'être unique. Face à un été dangereux, Caroline Brémaud encore : «On va repousser nos limites, écourter nos heures de sommeil. Mais il y a des risques que nos voitures finissent cabossées, c’est une réalité».

Elle voulait être médecin de campagne, elle s'est (re)trouvée et s'est fixée à l'hôpital public à l'occasion d'un stage d'internat. Sa vie en été profondément changée. «Mes études m’avaient dégoûtée du fonctionnement des CHU. J’avais trop vu de seniors soigner leur carrière, plus préoccupés par la recherche que par leurs patients.»

Et encore : «Je suis passée en stage dans quasi tous les étages de l’hôpital de Laval. J’ai des liens avec tout le monde. (...) J’ai terminé mon internat à l’aube de ma quarantaine car j’ai fait plusieurs pauses personnelles. J’ai donné naissance à trois enfants, j’ai pris le temps. Certains n’ont pas compris, me demandaient quand est-ce que j’allais me mettre à travailler. Moi, je sais que cette volonté constante d’équilibre entre médecine et vie privée me permet d’être une cheffe de service stable, solide, analyse-t-elle. Et puis… je travaille avec des gens qui ont sauvé ici, dans cet hôpital, la vie de mon fils aîné, victime d’un traumatisme crânien quand il était tout bébé. Cela confère un sens des responsabilités.»

Cheffe de service dans un hôpital en surchauffe permanente, mère de quatre enfants âgés de 6 à 11 ans, pompier bénévole, médecin à la protection civile, Caroline Brémaud est aussi une électrice écologiste. À ses enfants, elle transmet ses boussoles : l’éducation, l’environnement et la santé. Capitaine courageuse, citoyenne engagée, mère de choc. Qui dit mieux ? Chapeau, Madame Brémaud.

Ça urge, portrait de Caroline Brémaud, par Anaïs Moran, Libération, 14 juillet 2022

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