Géographe et anthropologue

Il parcourt les lignes telluriques de la croûte terrestre de l'(in)humanité : Canaries, Melilla, Ceuta, Lampedusa, Chios, Lesbos, Samos, les frontières serbo-hongroise, mexico-américaine, entre l'Inde et le Bangla-Desh, etc. Partout les murs, les camps, les barbelés, les militaires.

Partout l'emmurement, l'encampement, l'enfermement.

Reece Jones s'installe au café dans les no man's land, les entre-deux mondes créés comme des sas laissant passer les uns et retenant les autres dans leur nasse. Et il parle avec les errants.

Les frontières ne sont ni des divisions naturelles entre les gens ni des lignes anodines sur une carte. Ce sont des mécanismes permettant à certains groupes de revendiquer une terre, des ressources et des populations, tout en interdisant foncièrement à d'autres gens d'accéder à ces lieux. (page 9)

Elles créent et exacerbent des inégalités et elles protègent les privilèges économiques, politiques et culturels qui se sont accumulés au cours des derniers siècles grâce au butin du colonialisme, du capitalisme et plus récemment de la mondialisation économique (page 9)

Or, la liberté de circulation est un droit humain fondamental et non quelque chose susceptible d'être restreint par un gouvernement raciste ou nationaliste (page 9)

Violentes frontières

Entre 2010 et 2020 : près de 40.000 personnes sont mortes en tentant de franchir des frontières internationales.

La frontière la plus mortelle au monde est celle de l'Union européenne (UE) : près de 25.000 morts à ses frontières entre 2005 et 2015. Chaque été, tout particulièrement en Méditerranée centrale, des personnes englouties dans des canots de fortune payés à prix d'or à des passeurs sans scrupule. Avec la complicité des instances européennes et de l'agence Frontex.

D'ailleurs, la violence structurelle aux frontières de l'UE est minimisée par la focalisation sur la Syrie et, depuis février 2022, sur l'Ukraine. Tous les autres migrants étant présentés comme migrants économiques ou volontaires, ou encore profiteurs attirés par le way of life de l'UE.

La véritable source de la crise en UE est que les restrictions de la circulation aux frontières continuent de permettre aux États d'endiguer les pauvres et de protéger la richesse et les privilèges de leurs populations. (page 44)

Pour dépasser la crise actuelle et les risques encourus par l'enfermement croissant des États et la militarisation des frontières, Reece Jones préconise de supprimer les restrictions relatives à la circulation des travailleurs et, last but not least, de supprimer les barrières de la souveraineté nationale et des organismes de régulation.

Si les suggestions de Reece Jones paraîtront à d'aucuns d'une radicalité ravageuse, elles ne manquent pas d'intérêt et de pertinence. L'enjeu est fondamental : au même titre que notre condition sédentaire, reconnaître notre condition nomade. Le droit universel de circuler est à réinventer.

L'ouvrage présenté :

Jones R. (2022), La violence des frontières, les réfugiés et le droit de circuler, éditions Eliott

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