Tout ceci devait se mettre en place de la sixième à la terminale, en collège, lycée professionnel, technologique ou général. Avec un référentiel dûment arrêté dans l'arrêté du 1er juillet 2015 publié au JORF du 7 juillet 2015. Mais : sans créer une discipline ou une matière supplémentaire ; sans donner aux établissements scolaires le cadre idoine (horaires, ressources, moyens, personnels) ; sans former les professeurs, les conseillers et conseillères d'orientation-psychologues (devenu.e.s psychologues en 2017), les corps d'inspection.

Bref, un voeu pieux et généreux, qui, à peine formulé, aurait toute chance de tomber dans les oubliettes de la longue histoire des voeux pieux et généreux à l'éducation nationale, disparus à peine édictés, à l'instar de l'éducation à l'orientation du milieu des années 1990.

Tout juste procréé, le parcours avenir n'eut pas d'avenir. Quant à son devenir...

Comment être contre un beau camion tout neuf ?

Voulez-vous savoir ce qu'il proposait au collège ? (Extraits)

Le parcours doit être conçu comme une ouverture culturelle... Comment être contre ?

Ce parcours se fonde sur l'acquisition de compétences et de connaissances relatives au monde économique, social et professionnel, dans le cadre des enseignements disciplinaires et des formes spécifiques d'enseignements diversifiés, tels l'accompagnement personnalisé au collège et au lycée, ou les enseignements pratiques interdisciplinaires au collège ou encore les périodes de formation en milieu professionnel dans la voie professionnelle. Bon, d'accord, rien de nouveau, mais encore ?

L'ancrage dans les enseignements doit permettre à l'élève, d'acquérir les compétences et connaissances suffisantes pour se projeter dans l'avenir et faire des choix d'orientation raisonnés. Qu'est-ce qu'un choix d'orientation irraisonné ?

L'arrêté du 1er juillet 2015 décrit les enjeux du parcours avenir : compréhension du monde économique et professionnel, des métiers et des formations pour éclairer les choix d'orientation de chacun, que élève, accompagnement renforcé des élèves et de leurs familles tout au long du parcours scolaire, plus grande ambition professionnelle et sociale, amélioration de la réussite scolaire grâce à une prise de conscience des enjeux d'une orientation réfléchie et choisie, dégagée des stéréotypes sociaux et de genre. Louable ambition, mais que peut l'école, seule, face aux stéréotypes ?

Une réelle réversibilité des choix de l'élève et, par conséquent, la mise en œuvre des conditions qui lui permettent d'ajuster sa trajectoire dans le cadre des procédures d'orientation, de dispositifs innovants et de passerelles. Conseil de classe au collège : en 4 années de parcours collégien, combien d'élèves n'y sont tout simplement jamais conviés ? Et pourquoi la réversibilité est-elle le plus souvent synonyme de parcours du combattant et de blessure irréversible ?

Le parcours est un processus guidé et progressif qui offre à chacun la possibilité, par la découverte et l'expérimentation, de mobiliser, développer et renforcer ses compétences. Il doit contribuer à ouvrir le champ des possibles professionnels (...) Il se déroule tout au long de la scolarité du second degré de l'enseignement scolaire dans la perspective d'études supérieures et d'insertion professionnelle. L'esprit de découverte et d'expérimentation est-il vraiment au coeur des démarches pédagogiques quotidiennes du collège, du lycée ?

Le texte décrit ensuite les principes puis les objectifs de référence : permettre à l'élève de découvrir le monde économique et professionnel, développer chez l'élève le sens de l'engagement et de l'initiative, permettre à l'élève d'élaborer son projet d'orientation scolaire et professionnelle. Curieusement, il scotomise toute référence à ce que les textes précédents dénommaient, non sans ambiguïté certes, connaissance de soi, ce qui permettait au moins d'y travailler, alors que le parcours avenir la réduit à l'engagement et à l'initiative...

Puis le référentiel décline très scolairement, point par point, les activités à réaliser en référence aux domaines du socle commun de compétences, de connaissances et de culture, essentiellement les compétences des domaines 1 à 3 : les langages pour penser et communiquer, les méthodes et outils pour apprendre, la formation de la personne et du citoyen.

C'était beau, non ?

Mais que sait-on de ce qui a vraiment changé de 2015 à 2022 dans les pratiques réflexives des acteurs de l'école ? Dans les activités réelles et non seulement supposées des élèves-adolescents ? Que fait-on des impossibilités des établissements et des CIO d'appliquer sans moyens un si beau référentiel ? Que sait-on des rôles effectifs que l'école aura attribués, en autonomie, aux élèves ? Que fait-on des interrogations légitimes des ados ? Que sait-on de leurs angoisses identitaires, de genre, de projection dans un monde plein d'incertitudes et de crises à répétition ?

Les procédures de plus en plus numérisées d'affectation-orientation telles que Affelnet et Parcoursup engendrent-elles plus de conscience réflexive collective chez les ados, un sentiment de liberté ou, à l'inverse, davantage d'anxiété, d'angoisse et le sentiment d'un tri aléatoire et incompris ? Au fond, sept années de parcours avenir ont-elles amélioré le conseil, le tenir conseil aux ados, aux familles ? Sept ans après, on attend toujours les évaluations de l'inspection générale et des corps d'inspection territoriaux...

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