À l'Anthropocène, la mouvance de l'humain s'est accélérée à la recherche du profit et du confort. Au risque de l'hubris, de la destruction des écosystèmes et de l'entropie. No limit ! Pour se sauver, l'être humain saura t-il réduire sa mobilité érigée en culte et entrer en démobilité, voire en amobilité ?

Dans les années 1970, les penseurs écologistes en parlaient déjà... Afin de réduire nos déplacements en automobile, en moto, en avion, la démobilité. Repenser les villes pour que nos besoins quotidiens soient réunis sur de plus courtes distances. La démobilité a-t-elle quelque chance que ce soit de s'imposer quand la mobilité, l’agilité et les voyages sont valorisés et plébiscités depuis des décennies ? Président de la Fabrique des mobilités (FabMob), le sociologue Bruno Marzloff en appelle à l'extension de cette notion face aux défis climatiques, sanitaires et énergétiques.

Démobilité, habiter autrement le quotidien

Pour Marzloff, "La démobilité, c’est habiter autrement le quotidien. (...) Rien n’arrête l’inflation des distances parcourues, des parcs automobiles, des flottes d’avions, des réseaux d’autoroutes. Les dégâts afférents croissent à la mesure de ces excès. La démobilité, c’est s’extraire de l’équation du confort qui fait rimer technologie et progrès et c’est chercher d’autres issues que celles du seul transport."

La démobilité : se déplacer moins et mieux, encourager les déplacements plus sobres  − marche, vélo, véhicules partagés, autos légères, limitations de vitesse −, favoriser la proximité et tout ce qui rapproche les services urbains du domicile, s’attaquer aux inégalités de consommation de mobilité et de production de carbone, accroître le quotidien à distance (télétravail), qui donne accès à d’autres modes de vie économes en mouvements.

Réduire tout : les kilomètres parcourus avec des énergies carbonées, les thermostats des logements, les produits consommés. La France, elle, subventionne lourdement les mobilités carbonées via la prime au gazoil ! Saurons-nous affronter nos contradictions et repenser l’urbanisme, l’aménagement du territoire, du travail, du tourisme ? Pourquoi n'irions-nous pas, propose Marzloff, jusqu'à de substantielles réductions d’impôt pour celles et ceux qui n'ont pas de voiture ?

Amobilité n'est pas immobilité

Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. En son temps agité, Blaise Pascal (1623-1662) avait stigmatisé la propension des hommes du 17è siècle à avoir la bougeotte plutôt que d'étudier les sciences, les arts, la philosophie, les mathématiques, la physique, la théologie dans leur chambre.

Formule utilisée ad nauseam en 2020 pendant les différents épisodes de confinement dûs à la pandémie de Covid-19. Que ne constaterait-il s'il revenait parmi nous scruter les comportements humains près de trois ans après le début de la pandémie ? Rodéos et runs des motos sur les rocades et boulevards la nuit, embouteillages monstres dans les zones marchandes périphériques, thrombose des centres-villes, encombrement des parkings autos et absence de parcs à vélos sur les campus universitaires, centaines de kilomètres avalés d'un trait pour aller prendre le soleil à la mer dès le moindre rayon de soleil...

Mon cher Blaise, vous aviez raison, ouvrir un livre, l'annoter, prendre des notes et formuler des commentaires, réfléchir, méditer, observer le ciel et les constellations étoilées, écrire, explorer les écosystèmes et biotopes de ma terrasse, de mon jardin, de mon compost, du cercle de 1 kilomètre de rayon dans lequel les Pouvoirs publics m'ont assigné à résidence... tout ceci ne constituerait-il pas le plus beau des voyages pour homo viator ?

Et puis, s'il me prend de vouloir bouger, place aux transports doux, décarbonés ! Cet été, l'Allemagne a lancé une carte mensuelle à 9 euros ouvrant un accès illimité à tout le réseau national des transports en commun et des trains régionaux. Aux Pays-Bas, après cinquante ans d’aménagements urbanistiques conséquents, un quart des déplacements se font à vélo. À quand un navigo-pass national annuel en France à moins de 100 euros qui permettrait d'utiliser le réseau national des TER et Intercités ainsi que les transports en commun des métropoles, conseils départementaux et régionaux ?