Marie Depussé :

Que penses-tu de la formule de Lacan sur l'hallucination : "Ce qui a été forclos dans le symbolique reparaît dans le réel" ?

Jean Oury :

Je dirais : les voix sont au plus près du réel, elles ne sont pas dans le réel. Comment pourrait-on faire réapparaître dans le réel quelque chose qui ne s'est pas inscrit ? Les hallucinations, c'est un bricolage pour remplacer l'usage déficient des mots, un bricolage qui s'interpose, comme il le peut, entre un psychotique et le réel.

Il y a une déficience, chez un psychotique, de ce que Freud appelle le système de "pare-excitation", qui est un système de défense. Toute l'invention de la psychothérapie institutionnelle, le Club des pensionnaires, les groupes, est un effort pour pallier cette déficience, reconstruire des bouts du système.

Mais l'hallucination, ce n'est pas mal non plus. Ça bouche un trou. Et ça a, comme tu le dis, un effet de compagnie. Même si c'est, par moments, une compagnie atroce. Un jour, je reçois une femme persécutée par sa voix depuis longtemps. Elle me dit qu'elle part en vacances en Espagne.

Un peu inquiet, je lui demande :

− Toute seule ?

Elle éclate de rire :

− Mais non, bien sûr ! Avec ma voix ! (pages 80-81)

Pour aller plus loin

Sarah Chiche, La psychothérapie institutionnelle de Jean Oury, Cercle Psy, n°8, mars 2013, éditions Sciences Humaines