Reyhaneh Jabbari, 19 ans, étudiante en décoration d'intérieur, est emprisonnée en 2007 pour le meurtre de son assaillant présumé qui tentait de la violer. Des conditions d'interrogatoire, de détention et d'isolement indignes, brutales, extrêmement dures. Selon la loi iranienne, une fois que la culpabilité a été prouvée et que le motif de légitime défense n'a pas été retenu, seule la famille de la victime a la possibilité de suspendre une procédure d'exécution.

Sous la torture, moyen régulièrement pratiqué par la police des mollahs, Reyhaneh avoue avoir acheté un couteau, l'arme du crime, quelques jours avant. Seulement, le couteau appartient à l'agresseur − un ancien membre des services secrets − et se trouve déjà chez lui avant qu'elle n'arrive. La famille de la victime insiste sur la nature préméditée du meurtre puisqu'elle a été forcée à prétendre qu'elle avait déjà acheté ce couteau.

Amnesty International, les Nations unies, l'Union européenne ont mené une vaste campagne de lobbying pour lui éviter la peine de mort. De nombreuses campagnes ont été menées sur les réseaux sociaux mais l'avocat de la jeune fille avoua ne pas être parvenu à obtenir l'accord de la famille de la victime pour suspendre définitivement son exécution.

Le film-documentaire « Sept hivers à Téhéran », de la cinéaste allemande Steffi Niederzoll magnifie le combat mené pendant 7 ans par sa famille, en particulier par sa mère, Shole Pakravan, pour tenter de la sauver. Il s'appuie sur de multiples enregistrements audio et vidéo donnant la parole à ses proches (père, mère, deux sœurs), son avocat et quelques-unes de ses codétenues qui l’ont côtoyée pendant sa longue incarcération.

Aveux extorqués sous la contrainte, torture systématique, propos dégradants, arrestation de sa jeune soeur, intimidations pendant le procès jusqu'au changement d'un procureur jugé trop mou par les mollahs en cours d'audience, conditions indignes d'emprisonnement pendant sept ans, fouilles réitérées dans l'appartement des parents, accusation de complicité de meurtre de sa mère-courage...

La réalisatrice allemande Steffi Niederzoll propose là un magnifique, poignant et fort convaincant réquisitoire pour Reyhaneh, et, au-delà, pour les femmes iraniennes qui combattent depuis des mois et des années pour la reconnaissance de leurs droits. Un véritable électrochoc. Du grand cinéma. La mère et les deux soeurs de l'héroïque Reyhaneh vivent aujourd'hui en Allemagne. Leur père n'a pas pour le moment été autorisé à quitter l'Iran.

Pour aller plus loin

SOS ! Les filles d'Iran sont en danger, par Sepideh Farsi, réalisatrice, Libération, 14 avril 2023