Dialogue ouvert
Par Jacques Vauloup le mercredi 20 août 2025, 05:27 - Allo j'écoute... - Lien permanent
En santé mentale, poser des diagnostics et des traitements ou accueillir la souffrance des personnes ? Le premier terme est la référence en santé mentale. Du moins en France. Le second est recommandé par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), fort développé en Finlande et en Amérique du Nord.
Mis en oeuvre initialement en Laponie (Finlande) dans les années 1990, le dialogue ouvert (Open dialogue) tarde à s'étendre, sauf exceptions, en France.
Remettant en question les rapports de pouvoir dans la relation soignant-soigné, il repose sur quelques principes : un entretien avec la personne en crise psychotique en moins de 24 h ; suppression des réunions de synthèse traditionnellement réservées aux professionnels qualifiés d'experts ; rencontres polyphoniques avec les personnes que le patient souhaite intégrer ; entretiens individuels ou collectifs dans les lieux souhaités par le patient, y compris chez lui.
Dès le début du traitement et jusqu'à son terme, les problèmes de santé mentale se manifestant avant tout dans l'interaction entre les individus, le dialogue est ouvert de manière égalitaire avec le patient et avec toutes les personnes jugées importantes par lui pour résoudre la situation.
Dialogue égalitaire
Parti pris fondamental de l'open dialogue : les soins sont rapidement intégrés dans la vie réelle du patient. Loin d'être considérées comme concurrentes, les diverses méthodes de soins existantes sont considérées comme complémentaires, dans une vision intégrative et non séparative. Les décisions de traitement sont prises collégialement, le médecin restant responsable du processus de soins.

L'interaction dialogique est toujours privilégiée avec le patient, ses proches et l'ensemble de son réseau social : famille, voisins, aidants, collègues professionnels, amis, etc. On imagine assez la quantité, la fréquence et la qualité requises des rencontres régulières nécessaires.
D'après les constats effectués, le fait de rencontrer les individus de manière égale et respectueuse permet aux patients et aux différentes parties concernées de mieux se comprendre, de saisir les enjeux et de résoudre les situations difficiles.
À Brest (Bretagne), l'association Dialogue ouvert Finistère, créée par un jeune psychiatre, expérimente l'open dialogue. Diminution du fréquent fossé patient-médecin, liberté de parole accrue pour le patient, responsabilisation du patient dans son processus de traitement, réduction des hospitalisations et du recours aux médicaments, reprise du travail ou des études dans des délais raccourcis.
Des expérimentations du même genre sont mises en oeuvre également dans l'Est parisien.
Face à l'extension des prescriptions de neuroleptiques et de psychotropes, où, profuse, la France se distingue depuis longtemps,
face aux hospitalisations parfois indispensables mais souvent inadaptées,
face, tout particulièrement, à la grande fragilité mentale de la jeunesse française,
cette approche thérapeutique intégrative, polyphonique, humaniste, ouverte, existentielle apporte un soufle d'espoir.
Le dialogue ouvert soigne ; il guérit.
Puisse-t-il ne pas se refermer de si tôt. ●■

Pour aller plus loin
Fiche de synthèse Open dialogue (source : Les invités au festin, psychiatrie citoyenne)
Association Dialogue ouvert Finistère
Santé mentale.fr, le mensuel des équipes soignantes en psychiatrie