D'après le Café pédagogique du 22 juin dernier, depuis deux ans, au sein du cabinet de la direction académique du Calvados circulait un document intitulé « bestiaire des inspecteurs de l’Éducation Nationale (IEN) dans lequel ceux-ci étaient comparés à des chiens.

Bestiaire de la honte

Face à cette humiliation subie par les douze inspecteurs du département, huit d'entre eux ont déposé plainte au pénal. Il aura fallu deux ans à l'inspecteur-adjoint pour daigner reconnaître qu'il était l'auteur de cette oeuvre d'art (et d'humiliation) inoubliable.

L'une des inspectrices visées indique au Café pédagogique :

« Nous sommes soulagés que l’institution ait reconnu la culpabilité de l’ancien directeur académique adjoint, qui niait jusqu’alors être l’auteur du document. Il a fini par avouer. C’est rassurant de se dire que même si l’institution a failli à un moment, elle a su reconnaître qu’il y avait un dysfonctionnement. (...) Lorsque l’on représente l’institution à un si haut niveau. Il y a un devoir d’exemplarité ».

La sanction administrative qui s'ensuivra (peut-être) est en instance. Quant à l'enquête pénale, elle suit son cours.

Mon commentaire atterré

Dans quel monde professionnel est-on quand on profère ce type d'ignominie, cette atteinte à la vie privée, cet irrespect fondamental d'autrui ?

Quelle est la responsabilité du directeur académique mais aussi celle du recteur dans le fait d'avoir laissé circuler ce bestiaire pendant des mois sans réagir ?

Pourquoi bafouer à ce point toute éthique, toute déontologie professionnelle ?

Pourquoi tant de passions tristes circulent-elles encore, au plus haut niveau, dans des endroits où l'on ne cesse de s'abriter derrière des propos où la responsabilité, la compétence, la loyauté, l'engagement sont constamment déversés en guise de moraline insipide, totalement inefficace et inadaptée, sur le mal-être des professeurs ?

Pourquoi un tel manque de reconnaissance face à des cadres qui travaillent dur, intelligemment, loyalement, souvent coincés, ballottés, étrillés, malmenés entre les professeurs et le ministère ?

Pourquoi tant de mépris, d'humiliation, de diffamation et d'outrage ?

Pourquoi un tel sentiment d'impunité quand on accède à un tel niveau de responsabilité ?

Dans ce si triste fait-divers, on voit malheureusement qu'une fois encore, le New Public Management (1) a sévi.

Sait-on enfin quelle souffrance psychique, quel mal-être, quel dilemme professionnel, quelle perte de sens, quel risque de décompensation somatique auront traversé chacune et chacune de ces collègues à ce point méprisés, lésés, trahis ?

Shame on you, guy !

(1) Avec une culture du résultat et des pratiques issues du secteur privé, le New Public Management s'est imposé dans l'ensemble du secteur public. Caractéristiques : séparation entre la prise de décision stratégique, qui relève du pouvoir politique, et la gestion opérationnelle, qui relève de l’administration ; remplacement du statut de fonctionnaire et de l'avancement à l’ancienneté par une rémunération au mérite ; introduction des mécanismes de marché dans l’offre de biens et services d’intérêt général.