Bestiaire d'inspecteurs : pourquoi tant de mépris et d'impunité au plus haut niveau ?
Par Jacques Vauloup le mercredi 2 août 2023, 04:15 - Dis papy, à quoi ça sert, un inspecteur ? - Lien permanent
Des inspecteurs de l'éducation nationale comparés à des chiens, un bestiaire d'inspecteurs circulant sous le manteau à la direction académique du Calvados, un inspecteur-adjoint qui attend deux ans avant de reconnaître ses torts, une ad-mini-stration qui ne reconnaît toujours pas sa responsabilité... Vous rêvez ? Je fabule ? Eh bien, non !
D'après le Café pédagogique du 22 juin dernier, depuis deux ans, au sein du cabinet de la direction académique du Calvados circulait un document intitulé « bestiaire des inspecteurs de l’Éducation Nationale (IEN) dans lequel ceux-ci étaient comparés à des chiens.
Bestiaire de la honte
Face à cette humiliation subie par les douze inspecteurs du département, huit d'entre eux ont déposé plainte au pénal. Il aura fallu deux ans à l'inspecteur-adjoint pour daigner reconnaître qu'il était l'auteur de cette oeuvre d'art (et d'humiliation) inoubliable.
L'une des inspectrices visées indique au Café pédagogique :
« Nous sommes soulagés que l’institution ait reconnu la culpabilité de l’ancien directeur académique adjoint, qui niait jusqu’alors être l’auteur du document. Il a fini par avouer. C’est rassurant de se dire que même si l’institution a failli à un moment, elle a su reconnaître qu’il y avait un dysfonctionnement. (...) Lorsque l’on représente l’institution à un si haut niveau. Il y a un devoir d’exemplarité ».
La sanction administrative qui s'ensuivra (peut-être) est en instance. Quant à l'enquête pénale, elle suit son cours.
Mon commentaire atterré
Dans quel monde professionnel est-on quand on profère ce type d'ignominie, cette atteinte à la vie privée, cet irrespect fondamental d'autrui ?
Quelle est la responsabilité du directeur académique mais aussi celle du recteur dans le fait d'avoir laissé circuler ce bestiaire pendant des mois sans réagir ?
Pourquoi bafouer à ce point toute éthique, toute déontologie professionnelle ?
Pourquoi tant de passions tristes circulent-elles encore, au plus haut niveau, dans des endroits où l'on ne cesse de s'abriter derrière des propos où la responsabilité
, la compétence
, la loyauté
, l'engagement
sont constamment déversés en guise de moraline insipide, totalement inefficace et inadaptée, sur le mal-être des professeurs ?
Pourquoi un tel manque de reconnaissance face à des cadres qui travaillent dur, intelligemment, loyalement, souvent coincés, ballottés, étrillés, malmenés entre les professeurs et le ministère ?
Pourquoi tant de mépris, d'humiliation, de diffamation et d'outrage ?
Pourquoi un tel sentiment d'impunité quand on accède à un tel niveau de responsabilité ?
Dans ce si triste fait-divers, on voit malheureusement qu'une fois encore, le New Public Management (1) a sévi.
Sait-on enfin quelle souffrance psychique, quel mal-être, quel dilemme professionnel, quelle perte de sens, quel risque de décompensation somatique auront traversé chacune et chacune de ces collègues à ce point méprisés, lésés, trahis ?
Shame on you, guy ! ■
(1) Avec une culture du résultat et des pratiques issues du secteur privé, le New Public Management s'est imposé dans l'ensemble du secteur public. Caractéristiques : séparation entre la prise de décision stratégique, qui relève du pouvoir politique, et la gestion opérationnelle, qui relève de l’administration ; remplacement du statut de fonctionnaire et de l'avancement à l’ancienneté par une rémunération au mérite ; introduction des mécanismes de marché dans l’offre de biens et services d’intérêt général.