Ma générale
Par Jacques Vauloup le dimanche 24 décembre 2023, 04:31 - Devoir d'admiration - Lien permanent

Le seul concours à réussir dans la vie, c'est le concours de circonstances
. Au début, c'est ce qui, en amoureux des bons mots, m'a séduit dans l'expression − si modeste − de la générale Maryline Gygax Généro, première femme à diriger le service de santé des armées. Il vous en aura fallu du courage et des batailles pour aveindre ce niveau de responsabilité dans un monde militaire caractérisé, non sans raisons, par le triptyque machisme-virilisme-sexisme. Total respect, ma générale !
Comme tous les postes de la Haute ad-mini-stration publique, ceux de professeurs et présidents d'Université, de l'inspection générale ou encore de chefs de service hospitaliers et tant d'autres, devenir générale (oui, au féminin !) signale déjà − votre modestie dût-elle en prendre un coup, ma générale − bien plus qu'un concours de circonstances
: un véritable parcours de combattante !
Quant à poursuivre le cursus honorum jusqu'à diriger le service de santé des armées, cela mérite un Chapeau, ma Générale !
Dans le portrait sensible qu'elle réalise de Maryline Gygax Généro, si capée mais si simple, humble et retenue, Laurence Defranoux, journaliste à Libération, raconte le parcours, brillant et volontaire, d'une métisse de condition modeste dans l'armée et la médecine militaire.
Certes, la médecin-générale est née, fille unique, dans un milieu de fonctionnaires − père sous-officier, mère institutrice. Mais cela ne suffit pas pour enchaîner et réussir les concours jusqu'au plus haut niveau : école du service de santé des armées de Lyon-Bron, professeure agrégée de médecine aéronautique et spatiale, directrice centrale du service de santé des armées (2017).
Pur produit de la méritocratie à laquelle adhèrent ses parents : Pour ma mère, avoir de bonnes notes à l’école allait me permettre de sortir de ma condition et d’accéder à des postes où ma parole serait entendue
. Elle se montre à la fois critique sur les réticences de la Grande Muette à se féminiser et confiante malgré tout sur ses marges de progression.
Travailleuse, déterminée, endurante
Très belle profession de foi de clinicienne : J’ai pu réaliser une partie de mon rêve en soignant les enfants. J’ai compris que même dans l’adversité, on peut trouver la détermination de se sentir heureux au quotidien.
La consultation, ce colloque singulier où les esprits, voire les âmes, peuvent s’ouvrir, au-delà de l’expression des symptômes. La relation humaine est l’essence de la médecine.
Maryline Gygax Généro parle juste : «Lorsque vous êtes une femme dans un milieu d’hommes, que l’on vous considère comme fragile alors que vous êtes endurante, que vous donnez la vie et que vous travaillez dur pour être la meilleure, vous vous sentez dévalorisée par les regards qui marquent cette différence. Mais il faut avancer quand même.»
C'est grâce à ces parcours de vie incarnés par des personnalités fortes, énergiques et animées d'une éthique professionnelle et personnelle que, petit à petit, les verrous se déverrouillent, que les hommes rabattent leur superbe et leur arrogance et que les femmes occupent les places et les responsabilités qu'elles méritent.
Rappelons-nous Julie-Victoire Daubié (1824-1874) première bachelière de France... Marie Curie (1867-1934), d'origine polonaise, première femme prix Nobel... Anita Conti (1899-1997), océanographe et photographe... Françoise Chandernagor (1945- ), première femme major de promotion à l'École nationale d'administration (ENA, promo 1967-1969)... l'astronaute Claudie Haigneré (1957- ). Et tant d'autres qui ont ouvert des voies autrefois fermées aux femmes. ■
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