C'est difficile au collège de savoir ce qu'on veut faire plus tard, dit avec beaucoup de pertinence Mathilde au journaliste de Ouest-France. Lasse, ajoute-t-elle, d'être enfermée dans un labo toujours avec les mêmes personnes, elle souhaite être en contact avec les gens. Tout s'enchaîne : aide-soignante, les stages d'été en établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD).

Commencer par quelque chose, et puis...

Une rencontre-déclic avec Jérôme, médecin-urgentiste, l'incite à enchaîner sans attendre avec des études d'infirmière. Les stages dans les différents services d'un hôpital du Mans. Un travail méthodique, assidu, d'une intensité et d'une exigence inouïes afin de préparer les questionnaires à choix multiples (QCM) d'entrée en études de médecine. En juin, simultanément, elle réussit son concours d'accès aux études médicales et reçoit son diplôme d'infirmière.

Elle ajoute : Je n'avais pas conscience de mes possibilités, je manquais de confiance en moi. Remarquable parcours. Quand la confiance en soi est là, tout devient possible. Un milieu familial facilitant, une première réussite qui en entraîne une autre et une autre encore. Et la rencontre heureuse avec des adultes qui ont cru en elle, ceux, si importants à l'adolescence, que Hector-J. Rodriguez-Tomé a nommés et décrits fort justement "adultes significatifs privilégiés".

Depuis la réforme de la fin 2018, deux voies d'accès ont été définies pour les études de médecine, maïeutique, kinésithérapie, pharmacie et odontologie (auparavant, une seule était possible) : le parcours d'accès spécifique santé (PASS), la licence avec option d'accès santé (L.AS). C'est cette deuxième voie qu'emprunte Mathilde, son diplôme d'État d'infirmière étant reconnu équivalent à une licence universitaire.

Disons-le sans ambages. Le parcours de Mathilde est rare et remarquable. Mais il n'aurait pu se mettre en place avant la récente réforme des études de santé (2019).

En effet, jusqu'alors, contrairement à bien d'autres parcours diversifiés préexistant depuis longtemps, d'aide-comptable à expert.e comptable ou d'assistant.e géomètre à géomètre-experte, ou bien de rédacteur.trice à notaire ou encore d'ouvrier.ère à ingénieur.e, il était, en France, tout bonnement impossible de faire des études de médecine sans baccalauréat scientifique assorti d'un concours très sélectif d'accès en premier cycle d'études médicales.

Bonne chance, Mathilde ! Il est heureux qu'après des décennies d'empêchements, des parcours tels que le vôtre puissent enfin se mettre en place. Inusuels pour le moment, j'espère qu'ils se développeront dans les années à venir. Car à l'instar de ce que l'on observe depuis des lustres dans l'enseignement, l'ingénierie, la boulangerie, les arts de la cuisine ou de la rue, l'exercice de la médecine ne peut que s'enrichir de parcours professionnels antérieurs diversifiés pétris d’humanité. ■

Ce mot a été amodié le 30 août 2023