My God, what have we done ?
Par Jacques Vauloup le jeudi 14 août 2025, 04:41 - Anthroposcènes - Lien permanent

6 août 1945. Il était tôt. La matinée était calme, chaude et belle. Soudain, un puissant éclair de lumière me fit tressaillir puis un second
. C'est le début du Journal d'Hiroshima 6 août-30 septembre 1945 tenu par le docteur Michihiko Hachiya. Lui-même touché gravement, il peut néanmoins se rendre à son hôpital. Un exceptionnel témoignage historique dont les États-Unis n'acceptèrent la publication qu'en 1955.
Hiroshima, 6 août 1945 : 1 bombe atomique, 100.000 morts (et combien de blessés ?). Nagasaki, 9 août 1945 : 1 bombe atomique, 60.000 morts (et combien de blessés ?). Le 15 août, l'empereur Hirohito annonce à la radio la reddition du Japon aux Alliés. Sans aucun appel à la vengeance, en scientifique attentif aux signes, en médecin soucieux de comprendre ce qu'il s'était passé et de soigner, Michihiko Hachiya tente de comprendre d'où provenait cette ahurissante et dévastatrice déflagration. À peine rétabli, il campe pendant des mois dans son hôpital et ne cesse de procurer des soins aux malades. Dans son journal, il montre de la gratitude pour les soignants, y compris pour les médecins américains qui avaient proposé leur aide face à ce carnage.
Extraits
Des centaines de gens blessés qui essayaient de fuir vers les collines passaient devant notre maison. Le spectacle qu'ils offraient était presque intolérable. Leurs visages et leurs mains étaient brûlés et tuméfiés ; de grands lambeaux de peau se détachaient de leurs chairs et pendaient comme des haillons sur un épouvantail. Ils se déplaçaient comme une colonne de fourmis. Tour au long de la nuit, ils ont défilé devant notre maison, mais ce matin ils se sont arrêtés. Je les ai trouvés gisant des deux côtés de la route, si agglutinés les uns aux autres qu'il était impossible de passer sans leur marcher dessus
(...) (page 39).
Rien ne subsistait à l'exception de quelques édifices en béton arm. Sur des hectares et des hectares, la ville était semblable à un désert, où l'on ne voyait que des tas épars de briques et de tuiles. Il me fallait réformer ma conception du mot de "destruction", ou bien en choisir un autre pour décrire ce que je voyais. Le mot de "dévastation" est peut-être plus approprié, mais, à dire vrai, je ne connais aucun mot susceptible de décrire la vue qui s'étalait devant moi, depuis mon lit en fer tordu de ma salle d'hôpital, saccagée par l'incendie
(...) (page 59).
J'avais fini par exclure l'idée qu'un gaz toxique ou un bacille mortel eussent pu être lâchés sur Hiroshima, mais ces rumeurs n'en étaient pas moins troublantes. (...) Je songeais à ces gens qui, bien qu'ils parussent se porter parfaitement bien, étaient morts en deux ou trois jours. Je me souvenais de ceux qui étaient morts pendant qu'ils soignaient des malades. J'avais entendu parler de gens qui avaient trouvé la mort à l'extérieur de leurs maisons alors qu'ils ne présentaient aucune trace de blessure, tandis que d'autres, qui se trouvaient à l'intérieur, et qui étaient grièvement blessés, avaient survécu. Mais si un gaz toxique avait été utilisé, tout le monde aurait dû être tué
(pages 94-95). ■
Pourquoi, à peine nommé 33è président des USA le 12 avril 1945, le président Truman décida-t-il, quelques semaines plus tard, d'accélérer la fin de la Seconde guerre mondiale en Asie en usant, à deux reprises en trois jours, de la bombe innommable
?
Que dire à un monde plein de ressentiment et de colère quand, dans toute l'histoire de l'humanité, ce n'est pas un dictateur ou un oligarque, mais bel et bien un président ordinaire, élu démocratiquement dans un pays démocratique, qui aura décidé du pire ?
Comment empêcher qu'au 21è siècle, aux mains de certains chefs d'État non considérés comme des démocrates des plus fervents, l'épée de Damoclès de la bombe des bombes
, mille fois plus puissante et destructrice que celle dont disposait Truman, n'anéantisse non seulement des villes, mais des pays entiers, des continents, et par là-même, la civilisation des humains de plus en urbanisée ?
Let's remember Hiroshima and Nagasaki forever. ■

Pour aller plus loin
Hiroshima Peace Memorial Museum
L'ouvrage présenté et commenté dans l'article : Journal d'Hiroshima 6 août-30 septembre 1945, par Michihiko Hachiya, Tallandier, 2015