Le 7 octobre dernier, sous la présidence d'Emmanuel Blondel, directeur de l'institut Alain, la table ronde organisée lors des journées Alain à Mortagne-au-Perche constitua une régénérante cure de jouvence pour un auteur considéré parfois encore, à tort, comme un philosophe suranné et empoussiéré, tout juste bon pour un sujet de dissertation au Bac.

Heureuse nouvelle ! Les Propos d'Alain, jusque là au nombre de 4903 − 3083 avant 1914, 1820 entre 1920 et 1936, s'enrichissent de 300 propos supplémentaires, que nous découvrirons prochainement dans le cadre d'une édition scientifique de l'intégrale des Propos. Pour situer la grande richesse éditoriale autour d'Alain, sa correspondance ainsi que ses notes de cours seront également publiées.

Communications de jeunes doctorants

Afin de dépoussiérer l'image du philosophe Alain, quoi de mieux que d'écouter les communications de trois jeunes doctorants ?

Doctorant à PSL-université, attaché temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) à l'École normale supérieure (ENS), Anthony Dekhil travaille sur "La question de l'Histoire chez les philosophes Alain, Brunschvicg et Aron". Contrairement à l'idée reçue selon laquelle Alain serait un penseur anhistorique, Bonin montre les trois contours d'une pensée alinienne de l'Histoire : critique des sciences historiques de son temps, connaissance du passé présupposant de comprendre d'abord le présent, primat donné à une histoire du climat, des techniques, des savoirs, des paysans, des ouvriers, plutôt qu'à l'histoire des projets des rois et des querelles des peuples.

Doctorant à Sorbonne université, Maxence Bonin travaille sur L'immixtion de la poésie comme thème et comme forme dans l’œuvre d’Alain, et en particulier dans les Libres Propos. Pour Alain, la poésie est une méthode pour penser. Ce que Henri Meschonnic (1932-2009), théoricien du langage, conteste. Brillante présentation de ce qui oppose les deux hommes à propos de la poésie.

Professeur en lycée, Camille Leroux prépare une thèse sur l'intégralité des Propos. Pour lui, les Propos constituent une philosophie de la perception, une philosophie du corps comme intermédiaire à la connaissance. De manière quelque peu intempestive − posture qu'il revendique en tant que philosophe nietzschéen −, il ose une Analyse comparative entre un Propos d’Alain et un célèbre texte de Sartre (Le garçon de café, dans L'être et le néant, 1943). Des deux, quel auteur aura inspiré l'autre ? Pour rappel, à partir de 1936, Alain, diminué, malade, ne publiera plus.

Où il appert à l'évidence que, souvent dénié, scotomisé, rabaissé de son vivant par les philosophes universitaires et médiatiques, Alain est en passe d'être reconnu à son juste niveau. Ce qui ne peut que réjouir non seulement les aliniens et aliniennes, mais aussi, tout simplement, les amateurs du grand philosophe.

Pour aller plus loin

Le site de référence sur le philosophe Alain