» − Alors, comment ferons-nous pour la Grande Écoute de ce soir ?

» − Eh bien, comme les autres fois. Nous retournerons dans la clairière et nous nous installerons sur nos écoutoirs, comme de royales créatures sylvestres. Telle que je te connais, impatiente, tu demanderas tout de suite à quoi peut bien ressembler le son des étoiles. Nous verrons bien (Nous entendrons bien, corrige Jeanne), mais je peux déjà te dire que cette fois encore, tu ne devras pas rester coincée entre tes deux oreilles.

» D'abord tu verras, tu auras l'impression que les sons viennent de toi, du plus profond de toi, qu'ils sont tiens. Mais si tu les écoutes bien, tu admettras qu'ils ne sont pas particuliers, qu'ils te traversent comme ils traversent les autres, seulement toi tu sais les entendre passer et si tu t'entraînes, tu sauras les reconnaître et les ordonner.

» Le son des étoiles se manifestera (peut-être) dans le creuset de tes oreilles, mais tu dois savoir que depuis la nuit des temps, il voyage dans l'univers et il appartient à tout le monde. La nuit des temps ? demanderas-tu. Oh, je t'entends déjà. Cela veut dire longtemps, mais un vrai long temps, pas comme le tien, non, le grand long temps des montagnes, des océans, cela veut dire presque, écoute-moi bien, presque, depuis l'origine du temps.

» Tu t'installeras confortablement sur ton écoutoir et tu poseras tes mains sur des sphères imaginaires devant ta poitrine. Alors je te dirai : Concentre-toi en toi-même, petite fille, puis ensuite oublie-toi, deviens un instrument à capturer les sons, fais de la conque de tes oreilles le plus bel instrument pour écouter tour à tour le chant des étoiles et la rumeur du monde. ■

Extraits, pages 268-269. Fin de l'ouvrage.

L'ouvrage cité : Cannone B. (2009), Entre les bruits, éditions de l'Olivier https://www.babelio.com/livres/Cannone-Entre-les-bruits/117619

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De quels écoutoirs parle l'auteure ?

Des oreillettes, des écouteurs qui ornent en majesté nos pavillons de marcheur ou d'usagère des transports en commun ? Ou, tout simplement, de nos oreilles naturelles malmenées ?

Sur quels écoutoirs invite-t-elle à nous installer et à faire silence ?

Par quels sons nous laissons-nous traverser ? Comment les reconnaître ? Et, si nous ne savons pas les discerner, comment les ordonner ?

Dans le bavardage, le boucan, le vrombissement, le brouillage, la cacophonie, la crépitation, la déflagration du monde, savons-nous nous concentrer sur le bruissement, le froissement, le frôlement, le gazouillement, le grésillement, la musique, la voix ?