S'orienter dans la pensée
Par Jacques Vauloup le mercredi 29 mai 2024, 04:08 - S'orienter − Devenir - Lien permanent
Qu'est-ce que penser par soi-même
, s'orienter dans la pensée
, se servir de son propre entendement
? C'est, dit Emmanuel Kant (1724-1804), oser faire un pas sans la roulette d'enfant
. C'est la pensée elle-même, sans béquilles, qui naît puis meurt, cherche son orient puis son occident, trace son propre chemin. Parfois en pensant contre elle-même.
S'orienter de manière générale dans la pensée signifie, étant donné l'insuffisance des principes objectifs de la raison, déterminer son assentiment d'après un principe subjectif de celle-ci
.
La pensée n'a de compte à rendre qu'à elle-même.
Mais que serait une pensée sans la communication avec les pensées singulières d'autrui ? Pas de pensée sans échanges de pensées, sans communication, sans confrontation entre des idiosyncrasies.
Emmanuel Kant :
» Amis du genre humain et de ce qui est le plus sacré ! Admettez ce qui, après un examen minutieux et sincère, vous paraît le plus digne d'être cru, qu'il s'agisse de facta ou de principes de la raison ; mais ne déniez pas à la raison ce qui en fait le souverain bien sur la terre, à savoir le privilège d'être l'ultime pierre de touche de la vérité.
» Penser par soi-même signifie chercher la suprême pierre de la vérité en soi-même − c'est-à-dire dans sa propre raison ; et la maxime de toujours penser par soi-même, c'est les Lumières. Elle ne requiert pas pour cela autant que se l'imaginent ceux qui situent les lumières dans les connaissances ; car elles sont plutôt un principe négatif dans l'usage de notre faculté de connaître et celui qui est extrêmement riche en connaissances est fréquemment le moins éclairé quant à leur usage.

» Se servir de sa propre raison ne signifie rien d'autre que de se demander soi-même en toute chose ce que l'on doit admettre : est-il opportun de faire du fondement d'après lequel on admet quelque chose, ou de la règle qui découle de ce qu'on admet, un principe universel de son usage de la raison ?
» Chacun peut en faire l'épreuve sur lui-même ; et il verra aussitôt disparaître la superstition et l'exaltation lors de cet examen, même s'il est loin d'avoir les connaissances pour les réfuter l'une et l'autre à partir de raisons objectives.
» Car il se servira simplement de la maxime de la raison se conservant elle-même. Instaurer les lumières en quelques sujets est donc facile ; il suffit de commencer tôt à habituer les jeunes esprits à une telle réflexion.
» Mais éclairer une époque est une tâche de très longue haleine ; car il se trouve beaucoup d'obstacles extérieurs qui interdisent pour une part ce mode d'éducation, pour une part le rendent plus difficile.
» Faute de quoi, indignes de cette liberté, vous la perdrez avec certitude et vous ferez de surcroît porter le fardeau de cette infortune à cette partie innocente qui aurait sinon été disposée à se servir de sa liberté de manière légale et par là également de manière finale en vue du bien du monde ! ■
Retenons que les informations ne sont pas les connaissances et que les connaissances ne sont pas les lumières. Pour le reste, ontique, (re)lisons Kant.

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