La misère est si belle [875è mot]
Par Jacques Vauloup le lundi 12 août 2024, 05:24 - Droit d'irritation - Lien permanent

La misère, messieurs, j’aborde ici le vif de la question, voulez-vous savoir jusqu’où elle est, la misère ? Voulez-vous savoir jusqu’où elle peut aller, jusqu’où elle va, je ne dis pas en Irlande, je ne dis pas au Moyen Âge, je dis en France, je dis à Paris, et au temps où nous vivons ? Voulez-vous des faits ?
− Victor Hugo, tribune de l'Assemblée nationale, le 9 juillet 1849.
Que deviennent les milliers de personnes évacuées des rues de Paris par la Préfecture de Police avant l'ouverture des Jeux olympiques d'été Paris 2024 ? Misérables parmi les invisibles, écartés, exfiltrés, expulsés. Ils font désordre dans le décor.
Sur le dos des contribuables, la médaille d’or aux Jeux olympiques (JO) de Paris rapporte 80 000 euros au sportif français (25 000 de plus que pour les précédents jeux), la médaille d’argent 60 000 euros, la médaille de bronze 20 000 euros. Les entraîneurs touchent 40 000 euros pour l’or, 20 000 pour l’argent, 10 000 pour le bronze.
Quand, horresco referens, certains médaillés.es professionnel.l.e.s, appuyé.e.s par le ministre des Finances, revendiquent la défiscalisation des primes gagnées aux JO, de nombreux sportifs amateurs ne vivent pas de leur sport auxquel ils consacrent pourtant leur temps et leurs années de jeunesse.
À quand des Jeux Olympiques pour amateurs distincts des JO de professionnels ?
Aux Jeux antiques organisés à Olympe, Delphes, Corinthe ou Némée, le vainqueur recevait, comme unique prix, une couronne d'olivier sauvage. Dans un monde où le business est roi, la ruée vers l'or a envahi le sport.
Alors qu'il comporte aujourd'hui près de 1,5 milliard d'êtres humains, soit près de 20% du total de la population mondiale et 53 États, soit le tiers des tous les États du monde, le continent africain n'a jamais été retenu par le Comité international olympique (CIO) pour organiser des Jeux olympiques. Sans doute en raison de sa richesse, n'est-ce pas ?
205 $ par mois
40% des Français ne partent jamais en vacances, car voyager coûte.
Dans le monde, 1 personne sur 2 vit avec moins de 6,85 $ par jour, soit 205 $ par mois.
Voulez-vous essayer pour voir comment on fait pour vivre avec une telle somme ?
Le vocable misère
vous heurte ? Essayez : boue, calamité, crasse, débine, dèche, déchéance, dénuement, détresse, disgrâce, gueuserie, impuissance, indigence, laideur, malheur, mélasse, mouise, mouscaille, néant, peu de chose, poisse, pouille, pouillerie, poussière, privation, prolétariat, rien (source : CRISCO, dictionnaire électronique des synonymes).
En France, le seuil de pauvreté est de 811 euros, ou 1 014 euros, ou 1 216 euros par mois, selon qu’il est fixé à 40 %, 50 % ou 60 % du niveau de vie médian. Une personne est considérée comme pauvre lorsque ses revenus sont inférieurs à ces montants.
Victor Hugo, encore :
Je ne suis pas, messieurs, de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde ; la souffrance est une loi divine ; mais je suis de ceux qui pensent et qui affirment qu’on peut détruire la misère. Remarquez-le bien, messieurs, je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. Les législateurs et les gouvernants doivent y songer sans cesse ; car, en pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli. Eh bien, messieurs, je dis que ce sont là des choses qui ne doivent pas être ; je dis que la société doit dépenser toute sa force, toute sa sollicitude, toute son intelligence, toute sa volonté, pour que de telles choses ne soient pas !
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