Véronique Margron, croire à l'humain
Par Jacques Vauloup le dimanche 7 septembre 2025, 06:11 - Devoir d'admiration - Lien permanent
Dominicaine, théologienne, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, Véronique Margron (1957- ) est une voix féminine qui s'est imposée dans le catholicisme français où, longtemps, elles ont été étouffées. Bien au-delà de la communauté catholique, sa voix, ses engagements, ses prises de position innervent aujourd'hui toute notre société.
Qu'est-ce qui fait courir sur les crêtes certaines personnes insérées au plus haut niveau de la hiérarchie de leur domaine ?
Qu'est-ce qui les fait prendre des risques
, faire preuve de lucidité et de courage ?
Mais aussi, à l'inverse et tout autant : qu'est-ce qui fait les autres se taire, ne pas prendre de risques
, ne pas faire preuve de lucidité et de courage ?
Après des études de psychologie à Tours, Véronique Margron devient éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse (Pjj). Dominicaine, elle fait des études de théologie à l'Institut catholique de Paris et à l'Université catholique de Lille, jusqu'au doctorat en théologie. Doyenne de la Faculté de théologie catholique d'Angers (2004-2010), elle est élue présidente des congrégations religieuses de France (Corref) en 2016.
Depuis 2018, elle a contribué aux travaux et aux rapports de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'église (Ciiase) et de la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise).
Confrontée à de puissants détracteurs sans aucun ménagement à son égard, elle subit régulièrement les foudres des éléments et groupes les plus traditionnels, conservateurs, réactionnaires et machistes du catholicisme français.
Sa capacité d'écoute, son empathie ont facilité sa rencontre avec des personnes aux vies détruites par des violences sexuelles subies pendant l'enfance, l'adolescence ou leur vie d'adulte. Résolument opposée à l'omerta de l'institution catholique, avec pudeur et constance, dans un langage respectueux mais déterminé, elle a témoigné pour les victimes, notamment celles de l'abbé Pierre (1912-2007), véritable icône intouchable (et pas seulement dans la sphère catholique) pendant des décennies.
C'est elle qui, en 2018, obtient des évêques la création d’une mission d’enquête, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase), présidée par la conseiller d'État Jean-Marc Sauvé. En octobre 2021, le rapport tombe : 330 000 victimes (chiffre estimé). J'invite les lecteurs et lectrices à consulter tout particulièrement le tome 2 : De victimes à témoins. Un grand rapport.
En femme-courage, elle prône la valorisation de l'altérité dans l'Église, une modification de la gouvernance (j'entends : du Pouvoir) et un changement de culture.
Une femme qui compte dans l'Église catholique.
Une femme qui compte du côté des victimes.
Une femme qui compte du côté des femmes.
Une femme qui compte du côté des enfants. ●■

Pour aller plus loin
Margron V., Cordelier J. (2019), Un moment de vérité, Albin Michel