Via publica, via una
Par Jacques Vauloup le mardi 1 juillet 2025, 06:52 - Vélorution - Lien permanent
Comment partager la voie publique ? Comment apaiser les conflits d'usage fréquents entre piétons, vélos, trottinettes, motocycles, automobiles, autobus ? Comment prévenir les violences routières ? Chargé par le ministre délégué aux transports d'une mission importante, Emmanuel Barbe a des vues viables pour une voie vivable, adoucie, tranquillisée.
Sécuriser la route méritait bien une enquête et un rapport de qualité. Commanditée après le meurtre de Paul Varry, la mission confiée à Emmanuel Barbe a rendu un rapport des plus fructueux et vivifiants le 29 avril 2025.
« Contre les violences, protéger tous les usagers de la route » : la question est bien posée. En ville, en périphérie urbaine, en campagne aussi, pour le boulot, les loisirs ou les vacances, la voie publique est de plus utilisée par les véhicules à moteur (autos, camions, autobus, autocars, motocycles, scooters), les véhicules de une à quatre roues à assistance électrique (vélos, vélos-cargos, trottinettes, monoroues, gyropodes, draisiennes) et les vélos musculaires
(vélo traditionnel, VTT, VTC, vélo de course, vélo de randonnée, gravel, vélo d'enfant).
Bref, tout ce petit monde plus ou moins pressé, plus ou moins jeune, plus ou moins bien équipé, plus ou moins visible, plus ou moins respectueux d'autrui, plus ou moins poli, doit pouvoir cohabiter. Ah ! j'oubliais... mais je suis sûr que vous, non ! Le piéton, qui marche sur le trottoir ou le bas-côté de la route, qui traverse la route ou la rue sur un passage adapté (ou pas !).
Lui aussi, le piéton est un usager ayant-droit de la rue et de la route, tout aussi légitime que les autres ayants-droit. Et c'est parfois une personne à mobilité réduite ou en situation de handicap ou très âgée qui jongle entre passages plus ou moins protégés, trottoirs encombrés, cabossés ou troués.
Parfois dangereuse pour les plus fragiles, souvent complexe à décrypter, la voie publique est potentiellement source d'incompréhensions mutuelles, d'énervements, de conflits, de tensions, de violences parfois graves, voire d'accidents mortels. Qui n'en a jamais été auteur.e, victime ou témoin ces derniers jours ?
Potentiel de développement du vélo
En France, avec une part modale du vélo frisant 5%, le vélo gagne des parts de marché, mais est encore bien loin de la moyenne européenne (8%) et de nombre de pays : Pays-Bas 28%, Hongrie 16%, Slovaquie et Slovénie 8%.
Le rapport met en évidence le fort levier que représente le vélo pour répondre aux enjeux de pouvoir d’achat, de santé publique et de transition écologique. C’est aussi un potentiel sous-exploité en raison du manque d’infrastructures adaptées.

La dangerosité supplémentaire dont sont responsables, sans quelquefois s'en rendre compte, les conducteurs d'un véhicule motorisé contribue à des comportements parfois violents et à des perceptions erronées des risques.
Le rapporteur pointe notamment le risque huit fois plus important qu'ont les cyclistes, par rapport aux piétons, d'être tués ou blessés gravement. Et, sauf cas rarissime, ce ne sont pas les cyclistes qui tuent ou blessent gravement les conducteurs d'engins motorisés et les piétons.
Des mesures pour changer de comportement
Former les conducteurs et conductrices de vélo dès le plus jeune âge, intégrer l'apprentissage de la sécurité routière dans l'enseignement scolaire primaire et secondaire, mais aussi dans la formation initiale et continue des adultes. Développer l’empathie et lutter contre les stéréotypes de genre, bien trop vivaces encore sur la voie publique.
Améliorer au plus vite les infrastructures de nature à pacifier la cohabitation sur la route : bandes, pistes et voies cyclables comme autant de voies reliées entre elles, sans discontinuités propices aux incidents et risques ; généralisation des zones 30 en ville et dans les centres-bourgs ; déploiement de la ville 20 ; meilleure visibilité des sas cyclistes et des tourne-à-droite.
Renforcer l'action des forces de l'ordre. Trop de comportements incivils, inciviques voire dangereux ne sont pas sanctionnés, aussi bien de la part des piétons que des cyclistes et des conducteurs.trices d'un véhicule à moteur. Bref, de tous. Les forces de l'ordre ont un rôle important à jouer, autant en prévention qu'en médiation et, si nécessaire, en sanctionnant les infractions les plus graves.
Parmi les préconisations de ce bon rapport, deux me semblent particulièrement sensées : lier les politiques de développement de la marche et celles du vélo, en les articulant explicitement, car cyclistes et piétons sont des alliés, des amis à vie ; faire évoluer les représentations des publicitaires et des industriels de l'automobile, particulièrement puissants (cf. absence de piétons et de cyclistes dans les publicités pour autos).
La voie publique est une (via una). La voie publique est publique (via publica) et non un terrain de jeu privatisé. Saurons-nous nous en convaincre suffisamment pour changer nos comportements ? En latin, una signifie à la fois une (numéral) et ensemble ou en même temps. En trois lettres, c'est, en résumé, tout notre propos. ●■

Le rapport-enquête présenté :