» J'ai trop vieilli dans l'histoire, pour croire aux lois, quand elles ne sont pas préparées, quand de longue date les hommes ne sont point élevés à aimer, à vouloir la loi.

» Moins de lois, je vous prie, mais par l'éducation fortifiez le principe des lois ; rendez-les applicables et possibles ; faites des hommes, et tout ira bien ;

» La politique nous promet l'ordre, la paix, la sécurité publique ? Mais pourquoi tous ces biens ? Pour jouir, pour nous endormir dans un clan égoïste, pour nous dispenser de nous aimer, de nous associer ? Qu'elle périsse, si c'est là son but.

» Quant à moi, je croirais plutôt que si cet ordre, cette grande harmonie sociale a un but, c'est d'aider le libre progrès, de favoriser l'avancement de tous par tous. La société ne doit être qu'une initiation, de la naissance à la mort, une éducation qui embrasse notre vie de ce monde, et prépare des vies ultérieures.

» L'éducation, ce mot si peu compris, ce n'est pas seulement la culture du fils par le père, mais autant, et parfois bien plus, celle du père par le fils. Si nous pouvons nous relever de notre défaillance morale, c'est par nos enfants et pour eux que nous ferons effort.

» Le plus mauvais de tous veut que son fils soit bon ; celui qui ne ferait nul sacrifice à l'humanité, à la patrie, en fait encore à la famille. S'il n'a perdu à la fois et le sens moral et le sens, il a pitié de cet enfant qui risque de lui ressembler...

» Creusez loin dans cette âme, tout est gâté et vide, et pourtant, à la dernière profondeur, vous trouveriez presque toujours un fond solide, l'amour paternel. ●■

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L'ouvrage de Jules Michelet :

Michelet J., 1992 (1866), Le peuple, édition de Paul Viallaneix, GF- Flammarion, réédition octobre 2024

Gallica-BNF met à disposition gratuitement, dans son intégralité, l'édition 1877 de Le peuple, 372 p.