Chaque jour, toute l'année, protéger les enfants qui vont à l'école à vélo
Par Jacques Vauloup le lundi 27 octobre 2025, 04:22 - Vélorution - Lien permanent
Depuis quand n'avez-vous pas vu cette image ? Depuis votre enfance, sans doute. Pourquoi a-t-elle quasiment disparu ? La fédération des usagers de la bicyclette (FUB) a publié fin septembre les résultats de sa grande enquête citoyenne Baromètre vélo 2025. Bien, mais peut mieux faire ! Surtout pour nos enfants.
Vu hier*. Seulement 5 vélos d'enfants rangés dans le mini-parc vélo de l'école locale (ici, il y a des dizaines et des dizaines d'enfants qui pourraient circuler à vélo de leur domicile à l'école).
Vu hier. Juste devant les portes de l'école, à califourchon sur le trottoir, 5 ou 6 automobiles attendent l'enfant à l'heure de la sortie (le même ballet chaque jour devant chaque école, chaque collège, à chaque entrée d'école, à chaque sortie).
Vu hier. Très peu d'enfants repartant de l'école communale à pied chez eux, alors qu'ils habitent à tout juste quelques centaines de mètres de là.
Vu hier. Un jeune lycéen roule doucement en ville avec un vélo à assistance électrique (VAE) offrant son porte-bagages à une gente damoiselle les cheveux au vent (dans ma ville, le VAE orange mis à disposition par la collectivité locale pour un prix modique serait, semble-t-il, devenu un spot prisé de drague douce).
Vu hier. Un deuxième jeune lycéen seul dans l'habitacle de sa voiture électrique sans permis à 7000 ou 8000 euros pièce.
Vu hier. Un troisième lycéen de moins de 18 ans partant au lycée au volant de l'automobile familiale (le lycée est à 5 km de son domicile, soit à un quart-d'heure chrono avec un vélo musculaire).
Question corollaire : Où voit-on les collégiens et collégiennes, les lycéens et lycéennes, les étudiantes et les étudiants sur des vélos sans assistance électrique ?
Depuis des décennies désormais, nous avons délégué nos jambes, nos bras, nos souffles, nos coeurs, nos têtes, nos porte-monnaie et nos cartes bleues à la fée automobile
. Nous habitons de plus en plus loin des centres-villes, en périphérie, dans des non-lieux souvent très éloignés de transports en commun dignes de ce nom.

De plus, notre sacro-sainte liberté chérie nous intime l'ordre d'aller, souvent seuls, quand nous le voulons, où nous le voulons, comme nous le voulons, faire ce que nous voulons dans une caisse de carrosserie de près d'une tonne, coûteuse pour soi et le contribuable, polluante, ingarable et mauvaise pour la santé.
En outre, certaines politiques démagogiques renforcent le lobby automobile, accroissent le nombre et la fréquence des automobiles en circulation et entraînent un risque avéré pour la santé des jeunes générations. C'est le cas en France de la mesure gouvernementale qui, depuis 1er janvier 2024, a avancé de 18 ans à 17 ans l'âge d'obtention du permis de conduire B (véhicules particuliers) (gouvernement Elisabeth Borne).
Enfin, nous avons tellement peur − tellement peur d'avoir peur − de voir notre enfant enlevé.e sur le trottoir à quelques dizaines ou centaines de mètres de chez nous que nous l'emmenons en voiture à l'école voire au collège et que nous le dotons, dès son plus jeune âge (8 ans, 9 ans, 10 ans, 11 ans maximum), d'un engin de poche aux mille usages, aux mille ruses et aux mille pièges qui-comme-on-n-est-jamais-assez-prudent-lui-permettra-de-me-contacter-s'il-lui-arrive-quelque-chose.
La boucle est bouclée. Avec l'emprise croissante de l'automobile sur nos vies et donc sur celles de nos enfants, nous avons organisé nous-mêmes notre auto-destruction, notre propre malheur.
C'est tout le mérite de l'enquête nationale citoyenne Baromètre vélo 2025 proposée par la fédération française de la bicyclette. D'année en année, elle nous indique les évolutions plutôt favorables mais lentes ici ou là en France, pas seulement à Paris, Nantes, Rennes, Strasbourg ou sur les îles de Ré, d'Oléron ou de Noirmoutier.
La plupart des villes et métropoles progressent. Il y reste toutefois de substantielles marges d'amélioration. Sans oublier les périphéries et les campagnes. Et surtout les enfants. Comme nous, nos enfants ont besoin du vélo au quotidien ! Il nous faut libérer la rue et la rendre aux enfants. Qu'attendons-nous ? ●■
Vu hier* : Ces observations banalement ordinaires ont été effectuées par mes soins attentifs un vendredi, jour d'école, du haut de mon vélo traditionnel sans assistance électrique, fidèle et solide coursier, avec lequel je chemine tous les jours, toute l'année, pour aller à la gare, au cinéma, à l'université, au centre ville ou en campagne, au marché et dans les magasins, à mes rendez-vous, à mes cercles d'étudiants latino-hellénistes au long cours, en librairie ou en médiathèque, au tribunal, en balade avec mes petits-enfants, etc. Rien de vertueux ni d'extraordinaire dans le vélo sans assistance électrique au quotidien. Juste une promenade salutaire, poétique, économique et efficace dans de très nombreux usages. Pour les enfants et adolescents aussi.
