1836 : L'arrêté du 8 janvier 1836 impose une cloison entre les filles et les garçons lorsqu’ils sont admis en même temps dans une même salle de classe. Si le principe était que les filles et les garçons soient scolarisés dans des écoles différentes, faute de crédits suffisants pour bâtir des écoles de filles, on inventa le principe de la cloison.

1929 : L'encyclique « Divini illius Magistri » du pape Pie XI avait réaffirmé la condamnation traditionnelle, par le Vatican, de toute coéducation filles-garçons qui nie le péché originel. Toutefois, en 1966, le Comité national de l’enseignement catholique français se déclare favorable à la mixité scolaire « dans un monde moderne qui met de plus en plus en relations les garçons et les filles ».

De 1961 à 1963, la mixité prend de l'ampleur : 15.000 écoles à plusieurs classes deviennent mixtes. Le taux de mixité est plus fort dans le public que dans le privé au début des années 1960, mais équivalent dès l’année scolaire 1969-1970. Le mouvement social du printemps 1968 est passé par là, y compris dans l'enseignement privé catholique.

Décembre 1976 : les décrets d'application de la loi Haby du 11 juillet 1975 assurent l’obligation de mixité de l’enseignement : « les classes maternelles et primaires sont mixtes » ; « les collèges sont ouverts indifféremment aux élèves des deux sexes » ; « tout enseignement et toute spécialité professionnelle d’un lycée sont accessibles aux élèves des deux sexes, sous réserve des dispositions du Code du travail ».

L'article complet de Claude Lelièvre dans le Café pédagogique du 7/01/2026

Témoignage personnel

Né en 1952 à la campagne, je n'ai pas fréquenté l'école maternelle, inexistante dans le village. Entré à l'âge de cinq ans en cours préparatoire (CP), ma première expérience scolaire − en fait ma première expérience extra-familiale − a coïncidé avec l'apprentissage de la lecture, de l'écriture et du calcul, dans une école catholique de garçons. Mon premier instituteur fut, curieusement, une institutrice célibataire.

Il me faudra attendre la classe de première, en septembre 1968, soit onze années d'école, pour voir à la fois ma deuxième enseignante − professeure de mathématiques − et des jeunes filles intégrer mon établissement secondaire.

Entre septembre 1957 et juillet 1970, 13 ans de scolarité primaire et secondaire, deux ans de mixité en classe − les dernières années du cycle secondaire −, et deux enseignantes en tout et pour tout.

Comme beaucoup d'autres enfants ruraux de ma génération, j'aurai connu, pendant mon enfance et mon adolescence, des classes non mixtes, des instituteurs et professeurs masculins, des cours de récréation masculines, des internats masculins, des surveillants masculins, des activités sportives et associatives masculines, etc. Et mes soeurs, à l'inverse, n'auront connu que des institutrices et professeures féminines, des cours de récréation féminines, des internats féminins, des surveillantes féminines, des activités sportives et associatives féminines, etc.

Comment imaginer que cette école et cette éducation strictement genrées n'aient pas eu d'effets sur nos années de formation, d'initiation, d'éveil au monde ? Sur notre culture, notre sexualité, notre vie ? Sur notre assignation de genre ?

Pour ma part, j'eus la chance de ne pas subir de violences dans les deux internats que j'ai fréquentés de la sixième à la terminale. Je pense vraiment que, de 11 à 13 ans, ce fut grâce à la présence de mon frère aîné dans le même internat, près de moi. Après, à la fin du collège et au lycée, j'ai construit mon propre système de défense.

Plus encore, troisième enfant d'une fratrie composée de trois filles et deux garçons, j'ai eu la chance de bénéficier de parents aimants, cadrants et protecteurs, qui auront su développer le sens et la pratique du respect entre filles et garçons, hommes et femmes. Je ne saurais trop les en remercier. ●■

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Pour illustrer les avancées, et les limites, de la mixité de genre à l'école, à l'université :

Selon la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), au lycée général et technologique, les filles représentent 86% de la spécialité Humanités, littérature et philosophie (LLCER), 84% de Santé et social (ST2S) et seulement 38% de la spécialité Maths-Physique Chimie. Au lycée professionnel, elles représentent 96% des spécialités Coiffure-esthétique et seulement 5% des formations Moteurs et mécanique auto. Source : Filles et garçons sur le chemin de l'égalité, de l'école à l'enseignement supérieur, DEPP, 2025.