Que fait-on, maintenant, de la Convention internationale des droits de l'enfant ?
Par Jacques Vauloup le vendredi 16 janvier 2026, 05:46 - Se former − Apprendre - Lien permanent
Trente-six ans après la signature par 196 États − dont la France − de la Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE) le 20 novembre 1989), que sait-on de sa mise en oeuvre effective, en France et dans le monde ? Sait-on même qu'elle existe ? Voyons-nous bien combien les attaques contre l'éducation et l'école se renforcent dangereusement dans le monde entier ? Rafraîchissons nos mémoires. Engageons des actions collectives.
Dans une interview au Café pédagogique le 5 janvier 2026, l'inspecteur général honoraire Roger-François Gauthier, spécialiste d'éducation comparée et des curricula et savoirs enseignés, analyste averti de notre système éducatif, assène : « Les fractures et discriminations qui sont au cœur du système éducatif français ne sont pas conformes aux droits de l’enfant ».
Il ajoute sans ambages : « La discrimination par les savoirs enseignés fracture de fait le public scolaire selon des critères sociaux : l’École de France a été profondément marquée par son histoire, et par la séparation entre une école du peuple, créée par la République et une école secondaire, construite dans un cadre radicalement différent et bien avant l’école du peuple, pour l’élite sociale que les Jésuites eurent pour mission de faire surgir après le XVIe siècle dans le cadre de la Contre-Réforme. Or on en est toujours là ! »
Adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 20 novembre 1989 et ratifiée par la France suite à un vote du Parlement le 7 août 1990 (gouvernement Rocard II), la Convention internationale est un traité qui s’impose à notre pays. Or force est de constater qu'elle reste largement ignorée par les acteurs français de l’éducation, sans même parler des enfants. Bien sûr, il y a la situation des publics extrêmement fragiles comme les enfants placés et les mineurs isolés.
Mais aussi, le fonctionnement discriminant systémique de la machine éducative française : élitisme et tri précoce, établissements de l'entre soi des riches versus établissements-ghettos des pauvres, orientation vers la voie générale après la troisième versus orientation vers la voie professionnelle (40% de l'ensemble des élèves), savoirs savants pour les uns versus savoirs pratiques pour les autres, privation de certains savoirs pour les uns (pas de philosophie en LP) versus extension sans limitation aux autres − cas des classes dites préparatoires aux grandes écoles
, illustration franco-française de la discrimination scolaire, sociale, culturelle et économique en place.
Bref, en France plus qu'ailleurs, on fractionne, on fissure, on fracture la jeunesse par les savoirs, ce qui est bien loin des attendus de la Convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989.
Dans chaque conseil municipal, une délégation pour les droits des enfants
Aux compétences plus étendues que le conseil municipal des enfants, la délégation aux droits des enfants garantirait que les politiques locales seront relues à la lumière de la Convention internationale des droits de l’enfant. Une manière d'associer plus et mieux encore les enfants aux affaires locales et de les considérer comme des sujets de droits : droit à être protégés des violences, droit à un logement digne, droit à une alimentation saine, droit à une libre conscience, droit à jouer, à se soigner, à participer aux décisions qui les concernent. (...)
Cinq axes de travail compossibles : suivi des situations de grande précarité ; lutte contre les violences sexuelles, physiques, psychologiques, intrafamiliales, numériques, etc. ; donner du poids supplémentaire à la parole des enfants ; mettre la santé globale au cœur des villes et des villages ; penser les villes et les villages à hauteur d’enfant – sécuriser les abords des écoles, développer les mobilités douces, redistribuer l’espace public au profit du jeu et des rencontres, soutenir des dispositifs comme la classe dehors et les « rues aux enfants ».
En 1989, la Convention internationale pour les droits des enfants instaurait un enfant de droit dans une civilisation qui, depuis des millénaires, en avait fait un sujet de non-droit assujetti au bon vouloir du pater familias et de ses représentants à l'école, à l'église, au village, à la ville.
Les violences, les agressions, les brutalités, les cruautés, les sauvageries sont toujours là, multiformes, multiscalaires, décuplées, souvent muettes − mais non moins funestes − dans les familles et les institutions, inouïes dans les contextes de guerre où, toujours, les premiers, les enfants subissent les crimes perpétrés la plupart du temps par les adultes censés les protéger.
Et puis, il en va de notre démocratie. Comment imaginer que les enfants puissent devenir des citoyennes et citoyens de demain sans en faire, dès aujourd'hui, en actes, des sujets de droit ayant des droits, et non seulement des devoirs ?
Près de quarante ans après sa ratification le 20 novembre 1989, il est temps de redonner du sens à la Convention internationale des droits de l'enfant. En France, les élections municipales des 15 et 22 mars prochains nous en donnent la possibilité. Ne ratons pas cette occasion. C'est notre devoir. ●■

Pour aller plus loin
Convention internationale des droits de l'enfant (CIDE), 20 novembre 1989, UNICEF. Cette convention internationale a été signée par 196 États souverains.
Les 54 articles de la Convention internationale des droits de l'enfant nomment les droits fondamentaux de l'enfant. Leur simple énumération résonne fortement dans un monde empreint d'attaques monstrueuses et permanentes contre les droits de l'Homme et de l'enfant : droit à l’identité, droit à la santé, droit à l’éducation, droit d’être protégé de la violence, de la maltraitance et de toute forme d’abus et d’exploitation, droit d’être protégé contre toutes les formes de discrimination, droit de ne pas faire la guerre ni la subir, droit d’avoir un refuge, d’être secouru, et d’avoir des conditions de vie décentes, droit de jouer et d’avoir des loisirs, droit à la liberté d’information, d’expression et de participation, droit d’avoir une famille, d’être entouré et aimé.
Association DEI-France (Défense des enfants international France), Association française de promotion et de défense de la Convention internationale des droits de l'enfant (depuis 1998).