Critique des appareils scolaires
Par Jacques Vauloup le mercredi 18 mars 2026, 05:04 - Ex libris - Lien permanent
En 1968 et 1969, un quintet de chercheurs composé d’Étienne Balibar, Christian Baudelot, Roger Establet, Pierre Macherey et Michel Tort, prépare, dans l'ombre de Louis Althusser, une critique aiguë de l’école. Ce livre paraît seulement aujourd'hui : Écoles, critique matérialiste des appareils scolaires. Ses constats d'alors résonnent encore haut et fort.
Sur l'école, les débats, manifestations et publications politiques ont commencé avant 1968 et ont atteint leur acmé, bien entendu, au printemps 1968. Sur les campus universitaires, ils se sont poursuivis, parfois avec virulence, jusqu'au milieu des années 1970, principalement sous l'égide du matérialisme dialectique.
Parmi les nombreux sujets de critiques acérées et de vifs débats − la police, l'armée, la justice, le travail, etc. − l'école ne fut pas en reste. Critiquée de manière virulente pour être devenue véhicule de la reproduction sociale et porte-voix de l’idéologie dominante, l'école fut sur la sellette. Elle fut accusée par Louis Althusser et par les intellectuels marxistes, ou post-marxistes, réunis dans le groupe de travail althussérien sur l'École
d'être instrumentalisée par l’État et par les forces capitalistes.
Certains des co-auteurs, s'étant promptement séparés d'Althusser et de son orthodoxie communiste, produisirent leurs propres publications, d'un radicalisme moins exacerbé. Notamment : L'école capitaliste en France, Baudelot C. et Establet R. (1972).
Dans Écoles (2025), on trouve la description de trois appareils scolaires
: Primaire-Professionnel (PP), Moderne-Technique (MT), Secondaire-Supérieur (SS) dans lesquels se répartissent les individus assujettis à tel ou tel appareil par le jeu des aptitudes, des certifications, des punitions et récompenses. Dans L'école capitaliste en France, Baudelot C. et Establet R. (1972), Baudelot et Establet supprimeront le Moderne-Technique (MT). Selon cette lecture marxiste, la forme scolaire réalise la reproduction des rapports de production et de la force de travail à travers la formation technique, idéogique et culturelle des individus.

Aujourd’hui, l’école fait l’objet d’attaques généralisées de la part de ceux-là mêmes qui, derrière le simulacre de la méritocratie sous lequel ils s'abritent, utilisent l'école comme un placement-avec-retour-sur-investissement-à-deux-points et accroissent ainsi leur mainmise sur les esprits, les corps et les places-qui-rapportent. On a peine à imaginer l'ampleur, la durée et la force du débat de société qui prit corps et consistance autour de l'école dans les années 1965-1975 et se poursuivit, après les Présidentielles de 1981, jusqu'au milieu des années 1980.
Afin de contrer le morne et si languide état actuel du débat de société sur l'école, les élections présidentielles de 2027 mettront-elles au rang des priorités essentielles la question de l'École ? Derrière les images floutées des candidats et candidates putatifs, les électeurs et électrices verront-ils bien clairement apparaître les programmes des partis en présence relativement à l'École ?
Quelle école émancipatrice pour tous et toutes en 2027 ? Qu'est-ce que l'instruction obligatoire devant les promesses
de l'intelligence artificielle ? Veut-on une école commune ou une école-ghetto ? Et si bifurcation il y a à certains moments du cursus, est-ce exclusion, ghettoïsation, relégation ou égale chance ? La République française est-elle prête à payer le véritable prix du recrutement, de la formation, de la gratification et de la reconnaissance de ses professeurs ? Le débat est ouvert.●■

L'ouvrage recensé et commenté :
En fin d'ouvrage, le lecteur trouvera de fort passionnantes interviews récentes de quatre des cinq sociologues et philosophes auteurs de l'ouvrage : Étienne Balibar, Roger Establet, Christian Baudelot, Pierre Macherey. Notamment, Pierre Macheret, page 517 : En France, tout part de l'École et tout y ramène, sa place est centrale en tant que point pivot, point de litige et point d'hérésie : par quelque biais qu'on l'aborde, on n'y échappe pas
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