Propos orientés

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samedi 18 août 2012

Métier perdu, métier retrouvé. (3) L'artisan, l'artisane

atelier_d__horloger.jpg Alain, Propos d'un Normand 1906-1914 tome I, NRF-Gallimard, 1952, 7è éd., LXXVI, pp. 148, 149 ; billet paru dans La Dépêche de Rouen le 11 janvier 1909 :

" Il faut savoir un métier ; c'est évident. Le manoeuvre, qui ne sait qu'offrir ses muscles pour soulever, porter, pousser n'importe quoi, est esclave par cela même. J'ai connu un habile cordonnier, artiste dans la chaussure de femme ; il était ivrogne, bambocheur et voyageur ; cela ne l'empêchait pas de trouver du travail dès qu'il le voulait, et bien payé. Les électriciens sont puissants justement parce qu'ils savent un métier difficile. Donc, organisons l'apprentissage. Mais n'allons pas confondre l'apprentissage et l'instruction.

" L'apprentissage est une vieille chose, qui s'accordait très bien avec l'esclavage. Les esclaves, à Rome, savaient chacun un métier ; quelques-uns étaient maîtres de grammaire ; d'autres savaient la musique. Mais il y a savoir et savoir. L'abeille sait très bien construire des cellules hexagonales ; l'araignée des jardins est un prodigieux ingénieur pour tendre ses fils d'un arbre à l'autre ; les castors font très bien une digue. Etrange savoir ! Savoir qui est dans les pieds, dans les mains, partout, excepté dans la tête. Savoir de somnambule, savoir animal, savoir qui n'éclaire point.

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mercredi 22 février 2012

Métier perdu, métier retrouvé. (2) Le paysan, la paysanne

Paysan de Normandie, source : A. Frémont, Flammarion, 1981, p. 95"Personne de la campagne qui vit de la culture du sol et de l'élevage des animaux" (source : ATILF). Dès son apparition (Xème-XIème siècles) "Paysan" désigne la condition de celui ou de celle qui vit à et de la campagne, en opposition aux gens des villes. Plus tard, on opposera le "paysan", conçu comme une condition voire une revendication à "cultivateur", "éleveur", "agriculteur", notions qui renvoient à une profession. Condition souvent dépréciée sous les vocables vilain, croquant, ''plouc'', cul-terreux, péquenot, bouseux, cambrousard... Au XVIIème siècle, dans sa fable Le paysan du Danube, prolongeant Marc-Aurèle, Jean de La Fontaine réhabilita l'image du paysan en brossant le rustaud, plutôt "ours mal léché, nez tortu, grosses lèvres", qui va interpeller et décontenancer l'occupant romain par sa franchise directe : "Qu'on me die(dise) en quoi vous valez mieux que cent peuples divers. Quel droit vous a rendus maîtres de l'univers ? Pourquoi venir troubler une innocente vie ? Nous cultivions en paix d'heureux champs, et nos mains étaient propres aux arts ainsi qu'au labourage". Et La Fontaine en fait la morale de la fable : "Il ne faut point juger des gens sur l'apparence".

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mardi 31 janvier 2012

Métier perdu, métier retrouvé. (1) L'instituteur, l'institutrice

L__instituteur_et_le_sorbonagre.jpgDans La Dépêche de Rouen et de Normandie (heureux soient les Rouennais et les Hauts Normands), Emile-Auguste Chartier dit Alain (Mortagne-au-Perche, 1868 - Le Vésinet 1951) publia, au début du siècle dernier, d'acides, mordants, impertinents et néanmoins fort républicains petits billets qui, n'ayant l'air de rien, disaient tout de l'Ecole de la république encore naissante. Ils sont réunis par l'Institut Alain et Emmanuel Blondel sour le titre ''L'instituteur et le sorbonagre,'' éditions Mille-et-nuits, 2011. Ainsi celui-ci, pp.108-110, Le métier d'instituteur, que je vous laisse savourer, dédié aux institutrices et aux instituteurs. Ce texte inaugure notre nouvelle série Métier perdu, métier retrouvé.

"Le métier d'instituteur

On donne comme évident que l'instituteur a des avantages que le travailleur ou l'employé de commerce n'ont pas. Je vois bien que l'instituteur a six semaines de vacances en une fois, des jours de congé, et une petite retraite à soixante ans ; mais il ne faudrait pas d'après cela le comparer au chien gras de la fable, qui est attaché quelquefois, mais qui, en revanche, connaît le bon sommeil et les bons morceaux. Le métier d'instituteur est à mes yeux le plus dur.

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