Dans sa préface (pages 5-6), l’inspecteur général Aziz Jellab écrit (Extraits) :

" L’orientation scolaire et professionnelle constitue, depuis plusieurs décennies, une thématique récurrente à laquelle tous les acteurs se réfèrent pour penser différentes problématiques, qu’il s’agisse des conditions assurant la réussite scolaire, de la lutte contre les inégalités de carrière scolaire, de l’adaptation de la formation à l’emploi ou encore, plus récemment, de la capacité de chacun à s’orienter tout au long de la vie. Mais l’orientation est également un objet de controverses, convoquée le plus souvent pour expliquer les dysfonctionnements d’un système scolaire ayant traditionnellement vocation à gérer des flux scolaires et devant prendre en compte tant les besoins économiques que les aspirations des individus. On dénonce également le manque de préparation des élèves à effectuer des choix éclairés, tout comme les carences d’une école restant apparemment indifférente aux évolutions sociétales et aux défis générés par la mondialisation. Il n’est guère difficile de postuler que les différentes massifications qu’a connues le système scolaire ont mis sous tension une école faisant la part belle à la « haute culture » et peu préparée à accueillir tous les élèves dans leur diversité et à les aider à construire un projet personnel donnant du sens aux études, sans minorer leur insertion professionnelle future. Mais comment passer d’un discours faisant l’apologie d’une « bonne orientation » des élèves, des jeunes et des adultes, tout en restant à l’état de « bonnes intentions » et de principes à grands renforts de références symboliques – l’égalité, le mérite, la justice sociale, la culture – à des pratiques soucieuses de la demande de chacun et ouvrant sur des champs possibles ? Comment aussi penser une orientation apportant réellement un conseil aux usagers – aux sujets – et prendre une distance critique à l’égard de son versant sélectif qui fonctionne comme une menace dès lors que ce sont moins les aspirations de chacun qui prévalent que le « niveau » mesuré à l’aune des notes scolaires ? Les publications et les ressources ne manquent pas pour apporter des réponses mais force est de constater qu’elles sont le plus souvent éparses et surtout, elles ont tendance à ne présenter qu’un volet spécifique de l’orientation (choix, aspirations, adéquation formation-emploi, etc.). Or l’orientation comme processus mettant à l’épreuve un sujet et des contextes sociaux et institutionnels spécifiques doit être pensée avant tout sous un angle plus global. Au sein du système scolaire, il est pour le moins nécessaire de ne pas distinguer l’orientation des apprentissages et de l’inscrire dans un travail pédagogique."

Et de poursuivre :

" Cette publication, qui prolonge d’autres parutions que l’on doit au même auteur et toutes aussi stimulantes les unes les autres, a pour objectif d’offrir un document permettant d’éclairer les acteurs de l’orientation et de l’éducation. Il s’agit plus spécifiquement de les doter d’outils intellectuels et pratiques en vue de penser l’information, le conseil et les choix dans une société marquée par des incertitudes mais aussi par de fortes inégalités. Car le lecteur de ce travail réalise assez vite que bien que centrée le plus souvent sur l’individu, l’orientation comme pratique réfléchie met en évidence les limites du principe de l’égalité des chances, y compris dans l’accès et l’appropriation de l’information." ... Parmi les thèmes, une place de choix est accordée à l’analyse des pratiques, aux inégalités induites par des choix politiques (comme par exemple pour ce qui est de la carte scolaire), au conseil et aux compétences ainsi qu’à la place des parents d’élèves dans le processus d’orientation. Mais à mon sens, le point fort de cette publication est le souci permanent chez Jacques Vauloup de penser le lien entre scolarité, pédagogie et orientation. Car l’orientation est partie prenante du développement cognitif, affectif et social de l’individu. Et si l’auteur a le mérite de pointer les contradictions de l’orientation dès lors qu’elle relève d’une prescription institutionnelle et normative, il laisse entrevoir un horizon plus optimiste, via par exemple la sérendipité, cette « puissance discrète du hasard », ou encore le souci d’un regard et d’une aide humanistes que tous les conseillers et éducateurs devraient porter à leurs usagers."

Et, plus loin :

" Le lecteur appréciera particulièrement les encadrés livrant des points de vue vivants d’auteurs connus ou méconnus mais qui, chacun, livre une part de leur expérience ou point de vue sur l’orientation. Que l’on me permette de saluer le propos d’un ancien conseiller d’orientation-psychologue qui, au terme de sa carrière, s’adresse ainsi, non sans nostalgie, à ses anciens élèves : « J’ai appris de votre ennui, de votre manque de confiance en vous et en moi, de vos soumissions qui cachent vos rébellions, de vos réussites. J’ai appris à tenir compte de vos désirs. J’ai appris à penser et à agir l’égalité ». Longtemps, l’orientation a été pensée comme une pratique détachée des autres dimensions éducatives. Elle reste par trop pensée comme verdict ou moment de la prise de décision, Coquelicots.jpgquand elle n’est pas réduite à ses finalités instrumentales ou utilitaristes. Cette publication est un plaidoyer pour penser autrement l’orientation, et ce n’est pas un des moindres mérites de l’auteur qui offre au lecteur les moyens de penser et d’agir de manière éclairée et engagée. "

Pour aller plus loin :

Le billet de François Jarraud dans le Café pédagogique du 20 mai 2014 .