Dans sa préface, la sociologue du travail Danièle Linhart, page 9 :

Les jeunes, comme leurs écritures, sont multiples et différents. Mais ils nous font comprendre que, pour eux, le travail reste le grand opérateur qui cristallise les enjeux de la vie ; cela transparaît avec force de leur écriture comme de leur imaginaire. Et si l'expression d'attentes particulières émerge de groupes spécifiques de jeune, en lien sans doute avec leur cursus, leur origine, leur milieu social, rassemblée, elle dessine les contours d'un rapport au monde et d'une vision du travail assez inattendus. S'ils aiment l'aventure, elle est plutôt intérieure. S'ils se rêvent performants, c'est pour être utiles aux autres, ne pas décevoir leurs parents et pour l'amour du métier. S'ils aspirent à trouver une place dans le monde du travail, ils en veulent une pour tous, y compris les plus faibles. Ils sont nombreux à dénoncer les discriminations comme le sexisme, le racisme, le rejet du handicap, dont ils redoutent d'être la proie et qui dévalorisent à leurs yeux un monde du travail qu'ils perçoivent comme immoral. S'ils veulent réussir, ils ont de la compassion et même de l'empathie pour ceux qui ne réussissent pas. L'échec professionnel, l'assignation à un travail peu reconnu ne doivent pas disqualifier la personne, mais être compris comme l'effet de circonstances dramatiques de la vie qui entravent certains plus que d'autres. (...) Il sont animés par la dimension collective du travail, sa finalité sociale, le respect des personnes, le sens de la justice, la qualité de l'engagement.

L'occasion pour nous de rappeler l'excellent ouvrage paru aux éditions Intervalles en 2009 : Le travail révélé, regards de photographes, paroles d’experts, sous la direction de Sophie Prunier-Poulmaire. Le dispositif formateur créé à l'occasion de la sortie de cet ouvrage avait donné lieu à une belle exposition, à l'été 2009, au Musée des arts et métiers à Paris. Ces deux ouvrages ornent-ils les bibliothèques des institutions de formation des futurs cadres de la Nation, des écoles de management, de Sciences Po et de l'ENA ? Les dits "managers" et "cadres de la Nation" tireraient en effet grand bénéfice de ces lectures pour affiner leur connaissance des représentations que se font du travail les adolescentes et adolescents ordinaires - et non seulement ceux des "beaux quartiers" -. Ils loueraient l'énergie et l'intelligence admirable déployée par les professeurs pour aider les générations montantes à révéler le travail.