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Extraits

Âge du philosopher. Y a-t-il un âge pour philosopher ? (...) Pour Epicure, il n’est jamais trop tôt pour philosopher, et Montaigne y songeait dès la nourrice… Le débat existe encore aujourd’hui. La philosophie a été historiquement institutionnalisée en France en classe terminale : avant, les élèves n’auraient pas suffisamment de maturité psychique, de connaissances, de langage adéquat, et la philosophie devrait couronner l’enseignement secondaire. (...) Ceux qui développent depuis 40 ans la philosophie avec les enfants postulent au contraire l’éducabilité philosophique de l’enfance. Un verrou a cependant sauté en France, avec la possibilité officielle, depuis la rentrée 2011, de pratiquer d’une part des activités philosophiques dès la seconde, d’autre part de « petits débats philosophiques » dans le cours de morale du primaire.

Animer un atelier philo, une discussion à visée philosophique. Animer, c’est donner du souffle (anima) à l’esprit (animus). Un animateur philosophique insuffle un esprit de réflexion dans un groupe, en classe ou dans la cité, par sa façon d’accompagner chaque participant et le collectif dans une recherche active, à la fois accueillante dans un esprit de confiance et de sécurité et rigoureuse dans l’exigence rationnelle des démarches pour garantir une visée philosophique. Animer n’est pas enseigner, au sens de simplement transmettre des connaissances. C’est une posture qui vise à faire travailler collectivement un groupe par la discussion réfléchie, l’institue en communauté philosophique de recherche, fait confiance à ses capacités réflexives, procède par questionnement-reformulations, assure une progression du travail par recentrage-bilans-nouvelles pistes, « accompagne le groupe où il va », donc pas forcément où l’animateur aurait souhaité aller, mais sans que le groupe n’aille pour autant n’importe où. Parce que l’animation est un pouvoir, il peut y avoir animation partagée, coanimation de la séance, un président se chargeant sur la forme de l’animation démocratique de la parole, l’autre de l’animation philosophique sur le fond, comme un secrétaire de séance peut se charger de la mémoire des idées émises, et de leur synthèse à chaud /et à froid. Pour ne pas peser sur le débat (c’est très important pour des enfants, très influençables), ne pas s’enferrer dans une controverse avec tel participant, et garder la maîtrise de la gestion réflexive globale du groupe, l’animateur philosophique ne dit généralement pas son avis sur la question traitée, centrant ses interventions sur les processus de pensée à l’œuvre dans les échanges.

Discussion à visée philosophique. Ce dispositif articule étroitement deux éléments : (1) un dispositif à visée démocratique, inspiré par la pédagogie institutionnelle, avec une répartition entre les élèves ou les adultes de plusieurs rôles (président de séance, reformulateur, synthétiseur, discutants, observateurs) ; des règles de prise de parole (tour de parole donnée dans l’ordre à celui qui lève la main, priorité à celui qui n’a pas encore parlé ou peu, perche tendue au muet, droit de se taire) ; et une éthique discussionnelle (on ne coupe pas, on ne se moque pas) ; (2) des exigences intellectuelles portées par le maître, qui accompagne la discussion par des interventions ciblées sur la mise en œuvre de processus de pensée : définitions de notions, exemples/contre-exemples ; questionnement de ses opinions et de celle d’autrui, de leur origine, présupposés, conséquences ; formulation d’hypothèses de réponse, d’arguments rationnels justifiant des thèses et des objections. L’animateur-maître-formateur accompagne la réflexion collective du groupe au sein d’un cadre réglé, une atmosphère sécurisée et confiante, une éthique communicationnelle et une rigueur cognitive. La discussion est ici considérée comme l’un des moyens d’apprentissage du philosopher, au même titre que le cours d’un enseignant, la lecture de textes philosophiques, la rédaction de textes philosophiques, des exercices de problématisation, de conceptualisation et d’argumentation. Elle est incontournable à l’école maternelle, où les élèves ne savent ni lire ni écrire. Elle accroche bien les élèves et les adultes parce qu’il leur semble plus abordable de parler que de lire ou d’écrire, ce qui est très important pour les élèves en difficulté scolaire ; et parce que l’interactivité dans une discussion est motrice d’une réflexion collective et personnelle (la discussion, à certaines conditions d’écoute et de rigueur, éveille à la pensée réflexive, en confrontant la différence des points de vue, propice à une évolution des idées).

Nouvelles pratiques philosophiques. Des pratiques dont les champs, les lieux (classe, café, restaurant, prison, hôpital, maison de retraite, médiathèque, foyer de jeunes travailleurs, université populaire etc.), les publics (enfants, adolescents, jeunes, adultes, salariés, retraités etc.) sont variés, mais qui ont toutes comme point commun une visée philosophique. On parle de « pratiques », car elles engagent des personnes (enseignants, animateurs, consultants etc.) qui aident concrètement, par des démarches, des processus et procédures, des individus et des groupes à philosopher. On les dit aussi « nouvelles » car, même si certaines s’inscrivent dans une filiation (ex : le banquet philo avec Platon, la rando philo avec les péripatéticiens etc.), la forme utilisée est renouvelée, voire inédite dans l’histoire de la philosophie (ex : le ciné philo, la BD philo, la consultation philosophique en entreprise etc.).

On le voit, l'apprentissage du philosopher, terrain d'exploration continue de Michel Tozzi depuis quarante ans, donne à voir, à penser et surtout à pratiquer un apprentissage total du philosopher qui, loin de se réduire à un enseignement de quelques heures en classe terminale du lycée, ouvre résolument les pratiques de la philosophie à l’école jusque dans ses recoins les plus oubliés : maternelle, primaire, collège, SEGPA, lycée professionnel. Et qui, loin de se cantonner à un apprentissage strictement scolaire, milite pour des pratiques nouvelles de la philosophie dans la cité : cafés philosophiques, ateliers de lecture philosophique, ateliers d’écriture philosophique, universités populaires, discussion à visée philosophique, banquet philo, BD philo, etc. L'apprentissage de s'orienter dans la vie. L'apprentissage du vivre ensemble.

Pour philosopher plus loin

PhiloTozzi, l'apprentissage du philosopher, le site personnel de Michel Tozzi

Ateliers de philosophie proposés par l'AGSAS depuis Jacques Lévine (1923-2008)

Alinalia, le site Alain (Emile Chartier 1868-1951)

Macherey P. (2017), S'orienter, éditions Kimé