Sait-on bien que depuis 2011, beaucoup de CIO, souvent responsables des Plates-formes de suivi et d'appui aux décrocheurs (PSAD), traitent des listes entières de "décrocheurs" au nom du ministère de l'éducation nationale (20% des décrocheurs) mais surtout d'établissements de formation relevant d'autres ministères (CFA, MFREO, etc. = 80% des décrocheurs) ?

Sait-on que, la plupart du temps, ce sont les directeurs de CIO qui ont assuré la démarche de labellisation conduisant au Service public régional d'orientation, qu'ils en assurent la coordination et l'animation locales et que, sans leur compétence et leur savoir-faire, la tâche eut été malaisée ? Sait-on aussi que, depuis près de 30 ans, on n'a pas créé un poste de conseiller d'orientation-psychologue et que la part des personnels contractuels croît jusqu'à atteindre 25 à 30% dans certaines académies ?

Sait-on que, faute de temps, chaque conseiller partage son activité entre 2 à 4 établissements scolaires publics auxquels s'ajoute le CIO qui constitue sa structure administrative de rattachement ?

Sait-on que, pour avoir droit à une prestation d'un professionnel compétent et proposant des services gratuits et de qualité, les familles scolarisant leurs enfants dans l'enseignement privé sous contrat n'ont d'autre recours que de faire appel aux CIO ?

Sait-on que les CIO de l'éducation nationale exercent des prestations régulières dans les établissements publics du ministère de l'agriculture sans compensation financière dudit ministère ?

Comment peut-on raisonnablement effectuer un travail de qualité :

Quand demain, après-demain, dans quelques semaines ou quelques mois, on ne sait pas ce que le sort vous réservera...

Quand on voit, par pans entiers, des CIO fermer dans de nombreuses académies...

Quand, au mépris de ce qui a fait la réputation des CIO, leur neutralité, leur indépendance, leur position médiatrice dans les bassins d'éducation et de formation, leur connaissance fine de nombre d'établissements et non d'un seul, leur connaissance des parcours de formation et d'insertion sociale et professionnelle des élèves, on s'apprêterait ici ou là à affecter les conseillers d'orientation-psychologues, voire les CIO, dans les établissements scolaires...

Quand on cantonne leur activité au champ scolaire et à la jeunesse alors qu'ils ont toujours développé une orientation scolaire et professionnelle pour tous les âges de la vie, pour tout public...

Quand on réduit leur compétence au traitement de la grande difficulté scolaire et que, pour la partie "information" ou "psychopédagogie de l'information", on considère que l'information en ligne peut suffire ou que les professeurs peuvent s'en occuper seuls sans l'aide de professionnels, sans formation spécifique...

Quand on les accuse de tous les maux de la mal orientation, de l'orientation subie, de la désorientation de la jeunesse alors que leur rôle n'a jamais été de se substituer aux consultants majeurs, aux représentants légaux des enfants mineurs ou aux prérogatives des chefs d'établissement dans les décisions à prendre...

Sauf à considérer que l'orientation serait une chose trop sérieuse pour être laissée aux professionnels, ce n'est pas avec moins de CIO et moins de conseillers d'orientation-psychologues que l'on peut espérer une meilleure orientation de notre jeunesse. image_de_conseillere_d__orientation.jpg Dans les années 1950-1960, le système éducatif français portait tout juste 5 à 10% des jeunes au baccalauréat, et on se contentait d'un Centre d'orientation scolaire et professionnelle par département. Peut-on raisonnablement penser que dans les années 2015-2020, avec près de 80% de jeunes scolarisés à 18 ans, un seul CIO par département suffirait à répondre aux besoins de la population scolarisée et non scolarisée ?