Nous y décrivions, entre autres, le Petit décalogue des paradoxes de la procédure de dialogue :

(1) L’élève est censé élaborer son projet personnel d’orientation, le choisir et en prendre la responsabilité ; mais c’est le chef d’établissement qui en décide (hors le cas particulier de l'expérimentation de la décision d'orientation laissée à la famille en fin de troisième).

(2) Le chef d’établissement a le pouvoir de décider, mais comme il hésite à exercer ce pouvoir en solitaire et à remettre en cause l’avis des professeurs, la compétence propositionnelle du conseil de classe devient, de facto, une compétence décisionnelle.

(3) Le conseiller d’orientation-psychologue (devenu psychologue de l'éducation nationale depuis le décret 2017-120 du 1er février 2017), pourtant membre de droit du conseil de classe, participe aujourd’hui moins souvent à un conseil qui désormais propose qu’il n’était présent, autrefois, avant 1991, dans les conseils de classe qui à l’époque décidaient.

(4) Hors les deux délégués des élèves, l'élève est absent en conseil de classe lors de l'examen de sa situation − déjà qu’il a fallu mai 1968 pour faire admettre la notion de délégué des élèves −, mais présent en commission d’appel, qu’il soit majeur ou mineur (avec autorisation des parents) ; en conseil de classe, l’élève, même s’il est majeur au sens de la loi de la République, est un incapable juridique.

(5) Hors les deux représentants des parents d'élèves, le parent d’élève est absent en conseil de classe lors de l'examen de la situation de son fils ou de sa fille − déjà qu’il a fallu mai 1968 pour faire admettre la notion de représentant des parents −, mais présent de droit en commission d’appel.

(6) Le conseil de classe peut proposer à l’élève (c'est pour ton bien), et avec les meilleurs arguments du monde (dans l'intérêt de l'enfant), une orientation vers une spécialité dont les professeurs savent qu’elle est difficile d’accès, sans être assurés que l’élève pourra y être admis, et donc sans être aucunement en mesure de rassurer la famille et l’élève et sa famille sur ses chances d’y accéder.

(7) Contrairement au cas de tous les autres conseils ou réunions convoqués par l’établissement, aucun compte rendu officiel des conseils de classe n’est assuré par l’établissement. On se contente de demander aux délégués des élèves de faire un compte rendu aux autres élèves de la classe (écrit, oral), et aux représentants des parents d’élèves de faire un compte rendu aux autres parents. Pour ce faire, les dits délégués et représentants sont, pendant le conseil, concentrés sur la prise de notes et non sur les échanges explicites et implicites, sur la communication formelle et informelle du groupe.

(8) Le chef d’établissement peut à la fois présider le conseil de classe, instance propositionnelle, recevoir la famille lors de l’entretien post-conseil, arrêter la décision d’orientation (hors le cas particulier de l'expérimentation de la décision d'orientation laissée à la famille en fin de troisième). et ne pas être entendu par la commission d’appel alors que c’est lui qui a pris la décision d’orientation.

(9) L’article 33 du D. n°85-924 du 30-08-1985 relatif aux établissements publics locaux d’enseignement stipule : « il est institué dans les collèges, les lycées et l’EREA, pour chaque classe ou groupe d’élèves, sous la présidence du chef d’établissement ou de son représentant, un conseil de classe ». Dans les faits, lorsque le chef d’établissement ne préside pas le conseil, il peut être remplacé par son adjoint, lui aussi personnel de direction, mais aussi par le conseiller principal d’éducation, le professeur principal, voire par un autre professeur de la classe. A ce régime, on est en droit de se demander si tout membre de droit du conseil ne pourrait, sur mandat du chef d’établissement, présider cette instance.

(10) En commission d’appel, le dossier de l’élève est présenté par un professeur de la classe à laquelle appartient l’élève et par le conseiller d’orientation intervenant dans l’établissement ; mais ce n’est pas obligatoirement le professeur principal qui s’en charge et, surtout, la commission d’appel entend un représentant de l’instance propositionnelle (un professeur) et non le représentant décisionnel (le chef d’établissement).

Après des décennies de banalisation, de ritualisation et de fossilisation, il est temps de changer véritablement le fonctionnement et la raison d'être du conseil de classe. Le moment est venu de promouvoir les expérimentations qui mettent au coeur du conseil la présence de chaque élève lors de l'examen de sa situation (accompagné.e par ses parents ou par un.e délégué.e). Il faut choisir : soit nous conservons le vieux conseil de classe comme instance donneuse de conseils, soit nous le transformons en lieu-moment d'apprentissage progressif du tenir conseil, où l'on travaille collectivement à l'élucidation d'une pratique ou d'un problème par une écoute permettant aux jeunes de décider et d'agir en fonction de leurs critères propres bien entendu étayés par les constats et propositions pédagogiques bienveillantes des professeurs. Pourquoi nous satisfaisons-nous de la banalité confondante d'échanges engoncés dans un rituel immuable − le tour de table pour la « météo de la classe » et son « niveau », la parole du professeur principal, puis la litanie des appréciations disciplinaires, etc. − où chacun communique, en l'absence de l'élève concerné.e et en regardant sa montre, par évitement plutôt que par engagement et écoute de l'autre ? Et, quand la contradiction surgit, pourra-t-on longtemps se satisfaire de l'agressivité, du recours à l’invective, voire à l'anathème ? Le débat contradictoire, l’un des piliers de la démocratie quotidienne, a-t-il vraiment droit de cité au conseil ? Souhaitons-nous faire du conseil un lieu-moment d'apprentissage de la responsabilité et de l'autonomie pour chaque élève ? A raison d'au moins trois conseils de classe par an, un élève qui parcourt tout le second degré de la sixième à la terminale aurait ainsi l'occasion de participer à 21 conseils, alors qu'aujourd'hui encore, des jeunesses entières traversent leur scolarité sans avoir jamais été conviés au conseil.