D'après Josette Zarka, le terme de counseling recouvre des pratiques fort diverses allant de l'expertise à la thérapie et désigne des méthodes pouvant faire usage d'informations objectives comme d'interprétations sauvages. Selon les théories qui le sous-tendent, le conseil est soit purement et simplement assimilé à la psychothérapie, soit radicalement isolé de toute perspective dynamique (et le terme counseling, délibérer avec, perd alors de son sens). Le conseil ne se distingue pas seulement de la psychothérapie par ses buts, mais aussi par ses méthodes ; les approches sont multiples. Il nous a donc semblé plus pertinent de comparer des thérapies avec des types de conseil. À partir d'un modèle présenté par D. Super et de son expérience de différentes situations de conseil, l'auteure propose une classification permettant de distinguer entre conseils et psychothérapies. Elle réintroduit la notion de clinique du normal indépendamment de celles de psychopathologie et de thérapie. Elle distingue, sur un axe allant progressivement du registre du faire à celui de l'être, quatre types de conseils : le conseil informateur, le conseil éclectique, le conseil évolutif, le conseil thérapeutique. L'intervention de conseil se distingue, d'après elle, d'une intervention de psychothérapie dans la mesure où il postule la possibilité de faire évoluer une (ou quelques) attitude(s) isolée(s) sans toucher à l'ensemble de la personnalité.

Plan de l'article

PREMIÈRE PARTIE : LA PSYCHOLOGIE DU CONSEIL

I. La psychologie du conseil : ses théories ?

1. De l'existence du conseil psychologique

a) Conseil psychologique et autorité

b) À partir de quelques définitions

2. Caractéristiques de la counseling psychology

a) Les distinctions classiques

b) Les ambiguïtés

4. Rappel de quelques théories

II. Le conseil psychologique : en pratique, conseil ou psychothérapie ?

1. Propos sur la psychothérapie

a) Des prénotions ou des concepts ?

b) À partir de quelques définitions

2. Distinction d'ensemble

3. Premier schéma de différenciation

DEUXIÈME PARTIE : DIFFÉRENTS TYPES DE CONSEILS : CONSEILS ET PSYCHOTHÉRAPIES

I. Information et conseil informateur

1. Conseils et informations

a) Renseignements ou informations ?

b) Information ou interprétation

2. Objectifs du "conseil informateur" et pertinence de la "prescriptivité"

3. Conseil informateur et "psychothérapies de suggestion"

II. Conseil thérapeutique et psychothérapie

III. Conseil informateur et thérapeutique

1. Le conseil éclectique

2. Le conseil évolutif

A) De la possibilité d'évolution d'attitudes isolées

a) Écoute et intervention

b) "Le retour sur soi" en psychothérapie et dans le conseil

B) La conduite du conseil évolutif : méthodologie et techniques

a) Rôle dominant du conseiller

b) Les emprunts techniques

c) Les postulats autour de ce type de conseil

IV. EN GUISE DE NON-CONCLUSION : CONSEIL ET CLINIQUE

À partir du moment où un praticien se penche sur un cas humain et qu'il individualise ou personnalise son intervention, qu'il recherche ou attribue un sens qui n'était pas immédiatement décodable dans la situation, et que, de ce fait, il se produit une modification chez son "client", on peut supposer une démarche clinique. Ce processus se rencontre tant dans le conseil informateur que dans le conseil thérapeutique. Même si les sujets auxquels il s'adresse ne présentent aucun trouble caractérisé et que l'intervention n'entre pas dans le cadre d'un traitement psychothérapeutique, le conseiller n'en aura pas moins un rôle clinique. Qu'il fonctionne sous la rubrique conseil informateur ou sous la rubrique conseil thérapeutique, le conseiller doit assurer ce rôle clinique à la fois du point de vue diagnostic (une certaine forme de connaissance individualisée), du point de vue de son action sur le client, et enfin dans le rapport entre les deux. On peut supposer que ce rôle doit être différent selon les situations, ce qui ne veut pas dire plus ou moins clinique. Une approche clinique ne se mesure pas par son degré de profondeur. Si l'adjectif "clinique" qualifie une visée individualisante et détectant, ou cherchant à découvrir, un sens au-delà de l'immédiatement observable, et si l'on entend par "clinique" un corps de connaissances obtenu à partir de cas individuels, on peut postuler l'existence non pas d'une méthode clinique − et encore moins de la méthode − mais d'une pluralité d'approches cliniques. En posant le problème de la pluralité des méthodes de conseil, on soulève indirectement la question de la multiplicité des démarches cliniques. Et s'il est tellement difficile de délimiter la pratique du conseil psychologique, c'est peut-être parce que le concept de "clinique", encore monopolisé par la psychopathologie, reste confusément à l'arrière-plan des débats. La clinique n'est pas une et indivisible. Tant que la psychologie du conseil confine elle aussi la clinique au seul domaine de la pathologie mentale, elle ne pourra s'édifier comme discipline autonome. Et pourtant, c'est le seul lieu où l'on pourrait enfin traiter sérieusement de cette monumentale question de la clinique du Normal. ■■■

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